Comment les organismes vivants protègent leur ADN

résumé

On sait depuis déjà longtemps que les bactéries réagissent aux agents mutagènes par une réponse adaptative qui stimule les gènes de réparation de l’ADN. Nous allons voir ici des expériences sur des animaux et des plantes montrant une stimulation analogue suite à des doses modérées de rayonnements. Nous serons amenés à évoquer le cas a priori surprenant de Tchernobyl, devenu une réserve d’animaux sauvages. Nous terminerons en résumant un ancien et interminable débat sur l’existence même de cette réponse adaptative, que les toxicologues dénomment aussi « hormesis ».

Introduction

Dans un article écrit pour l’Encyclopédie de l’environnement : « Le génome entre stabilité et variabilité » , j’ai signalé l’existence de mécanismes qui stimulent l’efficacité des réparations de la molécule d’ADN suite à des anomalies de structure (lésions) provoquées par des agents mutagènes (génotoxiques). Dans le cadre de cette encyclopédie, il n’était pas possible de développer ce sujet.
Je me devais d’y revenir dans ce blog. D’une part parce que ce fut le thème de recherche de mon équipe de Marseille-Luminy, pendant une dizaine d’années. D’autre part parce qu’il s’agit d’un sujet important, à la fois en biologie fondamentale et en radiothérapie anti-cancéreuse. Pour rester accessible à un large public, ce qui est l’objet même de ce blog, je me focaliserai sur l’essentiel. Les biologistes qui seraient intéressés trouveront des liens vers les publications scientifiques.

La double-hélice d’ADN              C: Messerwoland, modif : Dosto

Tout d’abord, l’inévitable rappel sur la structure de la molécule d’ADN. La fameuse molécule dont tout le monde parle mais que bien peu connaissent. Elle est constituée d’un enchaînement de monomères (les nucléotides) dont il existe quatre variants qui ne diffèrent que par la base azotée qu’ils portent : adénine (A), guanine (G), thymine (T) et cytosine (C). C’est la séquence précise de ces quatre variants et donc des quatre bases, qui constitue le « texte » des gènes, codant pour des protéines indispensables au fonctionnement des cellules vivantes. Sa structure comprend deux brins complémentaires, c’est la fameuse double-hélice, où A est toujours face à T et G face à C. Cette configuration permet d’obtenir, en une seule étape de réplication, deux molécules filles identiques à la molécule mère.

La réponse SOS chez les bactéries.

C’est le mécanisme de stimulation des réparations de l’ADN le plus anciennement connu, on l’appelle aussi « système SOS ». Son existence a été postulée dès le début de années 70, puis son mécanisme longuement étudié, surtout chez le colibacille. Il comprend tout un réseau de gènes codant pour des enzymes de réparation. La présence de lésions physiques sur la molécule d’ADN (cassures par exemple) va déclencher la surexpression de ces gènes et augmenter la production de ces enzymes.
Dans un premier temps, seront stimulées les enzymes de réparations « fidèles », c’est à dire qui restaureront la séquence d’ADN initiale. Cependant, si le nombre de lésions est trop élevé, ces enzymes précises seront débordées, et il y a alors induction de la synthèse d’autres enzymes capables de réparer et de répliquer l’ADN en « catastrophe », dans des situations où les enzymes précises ne savent pas fonctionner. Mais ces enzymes de « catastrophe » sont moins fiables que les autres et causeront des erreurs dans la séquence des bases de l’ADN, c’est à dire des mutations. Un peu paradoxalement, ce sont les systèmes de réparation qui vont provoquer les mutations et non directement les agents mutagènes.

Précisons tout de suite la différence entre lésions et mutations. Les lésions sont des anomalies de la structure physique de l’ADN qui, la plupart du temps, vont empêcher sa réplication. Elles ne peuvent donc être transmises à la descendance. Par contre, une molécule mutée a une structure
physique normale. Seule la séquence des bases, et donc l’information qu’elle porte est modifiée. Elle peut donc être répliquée sans problème et la mutation sera transmise aux cellules filles.
Chez le colibacille, pratiquement toutes les mutations provoquées par une irradiation aux ultra-violets sont dues à cette réponse SOS. Grâce à elle, la survie de la population bactérienne sera assurée mais avec la contre-partie d’une forte mortalité. Cette réponse est en quelque sorte celle de la dernière chance, d’où l’appellation « SOS ».

Il ne faut pourtant pas considérer ces mutations uniquement sous un angle négatif. En 1999 il a été démontré, toujours dans le cadre de la réponse SOS, qu’elles facilitent l’adaptation de la population bactérienne à un milieu devenu hostile. Ce qui illustre une fois de plus l’importance de la variabilité génétique pour l’adaptation des populations au milieu et donc pour l’évolution des espèces.

Des systèmes analogues étudiés chez la levure et des cellules animales in vitro.

Chez la levure (Saccharomyces cerevisae), un autre organisme favori des généticiens, on sait depuis les années 80 qu’il existe aussi des systèmes de réparations induits par des agents mutagènes, mais plus complexes que chez les bactéries. La levure est un eucaryote (les chromosomes sont dans un noyau bien individualisé), contrairement aux bactéries qui sont des procaryotes (pas de noyau dans la cellule, les chromosomes baignent dans le cytoplasme). On pouvait donc légitimement penser que des réponses de type SOS existaient chez tous les eucaryotes, y compris les organismes pluricellulaires comme les plantes et les animaux. Depuis les années 90, elles ont en effet été mises en évidence et très étudiées, sur des cellules en culture (in vitro) de vertébrés, notamment de mammifères (souris et humains).

Études sur des organismes vivants entiers

Nous allons maintenant nous intéresser à trois expériences réalisées sur des organismes très différents qui apportent des informations originales dans ce domaine de recherche. Leur principal intérêt étant qu’elles ont été réalisées sur des organismes vivants entiers et non pas sur des lignées cellulaires en culture in vitro. Il est toujours hasardeux d’extrapoler à un organisme complet des résultats obtenus sur des cellules en culture, celles-ci ne sont évidemment pas dans des conditions de vie normales. D’autre part, elles ne permettent pas, bien évidemment, de tester le devenir d’une stimulation à travers la reproduction sexuée.

Chez les embryons de drosophile

Entre 1998 et 2000, deux chercheurs de mon équipe ont réalisé une expérience qui a clairement montré une stimulation des mécanismes de réparation précise sur des embryons de drosophile (la célèbre mouche du vinaigre des généticiens) après irradiation aux rayons gamma. Ce travail a
été publié en 2000, dans le périodique Mutation Research.

Drosophila melanogaster
C: Aka

Simplifions au maximum : ils ont étudié les mécanismes de réparation de l’ADN dans des embryons en leur co-injectant par micro-manipulation deux types de molécules. L’une est un grand morceau d’un plasmide (ADN circulaire), l’autre un morceau plus petit du même plasmide, ces molécules présentent donc des séquences identiques (voir figure 2). Avec ce que l’on sait des réparations de l’ADN, on pouvait s’attendre à deux types d’événements : 1) des échanges par recombinaison homologue,  un mécanisme bien connu des généticiens. Il permet, entre autre, de faire des réparations très fidèles de molécules d’ADN cassées, par échanges entre des séquences identiques. Dans notre cas, ce mécanisme aboutit à la reconstitution du plasmide d’origine.
2) un raccordement des extrémités, accompagné d’ajouts et/ou de délétions de petits segments, ne pouvant en aucun cas reconstituer le plasmide initial, on parle de réparations fautives.

Figure 2 : Le cercle à gauche représente le plasmide de départ ; à droite, les 2 molécules préparées à partir de lui qui sont injectées dans l’embryon. Les segments de même couleur sont des séquences identiques. Les croix représentent les échanges par recombinaison homologue qui vont reconstituer le plasmide de départ. Les autres « réparations » possibles consistent à recoller des extrémités au hasard, ce qui ne peut reconstituer un plasmide intact.

Deux lots d’embryons ont été utilisés dont l’un seulement est irradié avant l’injection des molécules d’ADN, avec des doses non pathogènes de rayons gamma. Le lendemain, les molécules injectées sont extraites et étudiées. On retrouve bien les deux types d’événement attendus, mais on constate que dans les embryons irradiés, la voie de réparation fidèle est aussi fréquente que l’autre, alors qu’elle est très minoritaire chez les non-irradiés. La pré-irradiation des œufs a donc eu un effet biologiquement bénéfique en stimulant un mécanisme de réparation fidèle.

C’était la première fois que l’on montrait directement, au niveau moléculaire, un effet de stimulation de la recombinaison homologue, donc de la réparation fidèle, par des rayonnements chez un organisme pluricellulaire entier.
Ces expériences de biologie moléculaire avaient été précédées dans notre équipe, depuis 1991, par des recherches utilisant une méthodologie génétique assez complexe, (voir revue dans Médecine/Sciences en Français et en accès libre).
Les résultats étaient fortement en faveur de l’idée que la recombinaison était stimulée après irradiation chez les mouches adultes, mais aussi que cette stimulation était transmise à la descendance pendant deux ou trois générations, par un phénomène de mémoire épigénétique. Dans la continuation de l’expérience sur les embryons, il aurait donc été possible de tester, directement par voie moléculaire cette fois, une éventuelle transmission temporaire à la descendance, phénomène très important sur le plan adaptatif. Mais suite à des événements totalement étrangers à la science ce programme n’a pu être réalisé.

Chez une espèce végétale

Arabidopsis thaliana C : Marco Roepers

Quelques années plus tard, en 2006, des chercheurs publiaient des résultats très similaires obtenus sur l’Arabette des dames (Arabidopsis Thaliana), une plante très étudiée. Leur protocole expérimental est très différent du précédent mais la conclusion est identique. Suite à des irradiations par des rayons ultra-violets, il y a une stimulation très significative de la recombinaison homologue. L’analogie avec les résultats de mon groupe allait encore plus loin car cette stimulation était aussi sujette à mémoire épigénétique, elle se transmettait à la descendance pendant au moins quatre générations. Chez les végétaux, qui sont fixées au sol, un tel mécanisme de mémoire est essentiel, il permet aux plantes filles d’être pré-adaptées à un milieu devenu hostile. Les auteurs obtenaient la même stimulation de la recombinaison homologue par application aux plantes d’un éliciteur (stimulateur des défenses de la plante), la flagelline, molécule produite par des bactéries pathogènes des plantes. Ce qui confirme des données déjà connues chez les procaryotes : les mécanismes de réponse à des agents toxiques différents sont co-régulés.

Les deux exemples que nous venons de voir ont deux avantages par rapport aux autres études antérieures sur les effets biologiques des rayonnements. 1) Ils étudient la stimulation d’un mécanisme biologique bien ciblé : la recombinaison homologue. 2) Comme nous l’avons dit, ils concernent des organismes entiers et non pas des cellules en culture.

Et chez des souris à Tchernobyl

En 2008, une équipe d’un laboratoire de l’Université Technologique du Texas a publié un travail qui entre aussi dans le cadre de notre sujet. Il est moins ciblé que dans les deux cas précédents, mais il est très intéressant pour deux raisons : il est réalisé sur des souris, très proche biologiquement de l’homme et dans un environnement naturel, puisqu’il s’agit du site de Tchernobyl. Il s’agit d’un travail assez complet (et complexe), je ne peux ici que le résumer outrageusement, mais sans trop de remords car la publication complète est en accès libre.

L’expérience a consisté à placer des souris dans des cages, à l’abri des prédateurs, sur trois parcelles situées dans la Forêt Rouge, à 1,5 km à l’ouest de la centrale de Tchernobyl, au cœur de la « zone d’exclusion ». Elles ont été maintenues là pendant des temps variables : 10, 20 et 45 jours. La radioactivité dans cette localité était en moyenne 1000 fois supérieure aux radioactivités naturelles courantes, avec des variations importantes (environ un facteur 5) selon le site précis. Le degré de radioactivité des trois sites a été choisi de telle sorte que les souris reçoivent la même dose totale de rayonnement pendant 15, 20 et 45 jours. Le débit de dose est donc différent selon le site, mais on reste toujours dans une plage d’irradiations considérées comme faibles en radiobiologie . Vingt-quatre heures après la fin de leur temps d’exposition, les souris sont soumises à une forte dose (pathogène) de rayonnements gamma, ainsi que des souris témoins restées en laboratoire. Les chercheurs recensent ensuite des anomalies cytologiques (présence de micronoyaux) qui, en principe, reflètent le nombre de cassures chromosomiques, donc de cassures double-brin de l’ADN. Ils constatent que les animaux maintenus sur le site contaminé ont nettement moins d’anomalies que les animaux témoins restés en laboratoire. Le fait d’avoir soumis les souris à des doses faibles de rayonnement les a donc protégées contre une dose pathogène ultérieure.

Comme je l’ai dit, la différence avec les deux expériences précédentes est que celle-ci est moins ciblée, les auteurs n’ont pas cherché à mettre en évidence directement un processus aussi précis que des réparations fidèles de l’ADN. Leurs résultats indiquent plutôt que la stimulation porte sur les enzymes anti-oxydants, qui protègent l’ADN contre les radicaux libres, sous-produits du métabolisme respiratoire, très génotoxiques. Il n’en demeure pas moins vrai que les résultats mettent en évidence une réponse adaptative aux irradiations sur des animaux vivants, quel qu’en soit le mécanisme exact.
La situation biologique dans la zone interdite de Tchernobyl mérite un petit détour. En juin 2010, la chaîne de télévision ARTE a diffusé un documentaire sur le site de Tchernobyl dont le titre est :« Tchernobyl, une histoire naturelle ? »

Chevaux de PrzeWalsky à Tchernobyl. Après avoir fortement augmenté, leur nombre diminuepour cause de braconnage. C : chornobyl.in.ua

On y voit que dans cette zone d’exclusion, qui couvre un rayon de 30 km autour de la centrale nucléaire, la végétation est luxuriante, de nombreux animaux sauvages s’y sont installés et se portent très bien, y compris de gros mammifères, cervidés, ours, chevaux de Przewalski (amenés d’une réserve proche) etc…, et même des loups qui ont trouvé là du gibier à leur goût. L’explication admise et publiée, que l’on peut trouver sur toutes les publications qui traitent de ce sujet, est que, pour les espèces sauvages, animales et végétales, la radioactivité est moins gênante que la présence humaine.
Il se trouve qu’avant la diffusion de ce documentaire, j’étais au courant de cette situation par des chercheurs du CEA de Cadarache, et cette explication me paraissait un peu courte. Elle n’explique pas pourquoi ces animaux vivent et se reproduisent normalement, y compris en présence de gros prédateurs, si la radioactivité du site a des effets nocifs, même faibles. J’étais d’autant plus sceptique que je connaissais déjà les conclusions des deux premières expériences résumées ci-dessus. Vers la fin du documentaire, Brenda Rodgers, la chercheuse qui a dirigé le travail décrit ci-dessus avec les souris, résume sa recherche et conclut, elle aussi, au déclenchement d’une réponse adaptative aux rayonnements.
Comme on peut s’en douter, ce documentaire a soulevé une levée de boucliers de la part des organisations opposées au nucléaire. C’était d’autant plus facile que dans le film même tous les scientifiques ne sont pas du même avis. Il n’en reste pas moins que l’expérience ci-dessus donne des résultats clairs et on peut s’étonner que les critiques de ce film la passent complètement sous silence.

L’interminable débat sur les effets biologiques des rayonnements.

Les trois expériences précédentes s’inscrivent dans un questionnement déjà ancien sur les effets des faibles doses de rayonnement. On est là dans un débat à la fois vif et confus où les connaissances scientifiques ont du mal à se frayer un chemin au milieu de croyances bien ancrées et de positions politiciennes et même passionnelles. L’existence même de cette réponse radio-adaptative, dénommée aussi « hormesis » (« excitation » en grec) par les toxicologues, fait en effet partie d’une polémique plus générale sur la relation doses/effets en radioactivité. C’est le problème de « l’effet de seuil ». Précisons un peu.

En radiobiologie, il y a en gros deux courants. D’une part les tenants du LNT (Linear No Threshold ou Relation Linéaire Sans Seuil – RLSS) qui défendent l’idée que les effets néfastes des radiations sont directement proportionnels aux doses, même les plus faibles doses seraient un peu nocives. En font partie non seulement certains radiobiologistes, mais également les mouvements anti-nucléaires.
D’autre part les opposants au LNT qui soutiennent au contraire l’idée qu’il y a bien un effet de seuil, donc pas d’effet nocif en-dessous d’une certaine dose, voire même un effet stimulateur des défenses cellulaires par réponse radio-adaptative. L’enjeu de ce débat n’est pas mince car il concerne aussi bien l’usage médical des rayonnements en cancérothérapie, que les règles de radio-protection pour les travailleurs du nucléaire. Sans compter les solutions à mettre en œuvre en cas d’accident dans une centrale.
D’un point de vue strictement scientifique, parmi toutes les recherches faites sur le sujet, et il y en a beaucoup, il y a effectivement des résultats contradictoires. Ce qui n’est pas très étonnant dans la mesure où la grande majorité de ces travaux portent sur la transformation tumorale. C’est à dire l’apparition de cellules tumorales, soit sur des organismes complets (dans ce cas, avec développement de cancers), soit sur des cellules en culture. Or il s’agit là d’un phénomène complexe qui est la résultante de nombreux facteurs : cassures de l’ADN, interactions cellulaires diverses, présence ou absence d’apoptose (auto-destruction de cellules dont l’ADN est lésé, une sorte de « suicide » cellulaire), etc.… L’existence de résultats contradictoires sur des types de cellules différents, étudiés dans des labos différents, n’a donc rien de très surprenant.
Les trois expériences résumées ici, montrent clairement que si l’on cible un mécanisme précis, comme la réparation fidèle de l’ADN ( deux premières expériences) ou la quantité de cassures double-brin (troisième expérience), les faibles doses de rayonnement entraînent bien une réponse adaptative. Celle-ci serait donc générale, depuis les bactéries jusqu’aux animaux et aux végétaux. Ce sont des conclusions très importantes pour mieux comprendre les mécanismes d’adaptation des organismes à l’environnement, mais elles ne sont pas transposables directement au processus de cancérogenèse.
Il n’est pas dans mon intention d’entrer plus avant dans ce débat très confus. Je me contenterai donc de donner rapidement quelques informations complémentaires.

En 2005 ont été publiés sur ce thème plusieurs rapports qui, à partir des mêmes données scientifiques, aboutissent à des conclusions en apparence contradictoires. Un rapport de l’ICRP (International Commission of Radiological Protection) ainsi qu’un rapport de l’Académie Nationale des Sciences des USA, concluent qu’en pratique dans le domaine médical et dans celui de la radioprotection, on doit continuer de baser l’estimation des risques sur le principe du LNT. Ils
estiment qu’il n’y a pas suffisamment de preuves contre ce modèle pour y renoncer. Un troisième rapport a été publié conjointement par les Académies des sciences et de Médecine de France qui concluent que la validité de ce modèle n’est plus soutenable en regard des données scientifiques accumulées.
En fait, il semblerait que cette discordance tienne surtout au fait que les deux premiers rapports ont un but très pragmatique : mettre en place des protocoles standards de radioprotection en appliquant le principe de précaution, alors que le rapport français se place plutôt du point de vue de la connaissance scientifique.

Enfin, pour terminer, je signale deux articles relativement récents (2010) qui passent en revue la question des réponses adaptatives aux rayonnements et ont l’avantage d’être en accès libre. L’un, publié par un chercheur chinois, fait un bilan scientifique des données expérimentales en faveur de l’hormesis.

Le second est écrit par un radiobiologiste polonais (lien) qui travaille sur ce sujet depuis 1953 (il avait 82 ans en 2010!). Il est tout à fait convaincu de l’existence de cette réponse adaptative aux radiations et il analyse les causes qui font qu’elle est toujours « ignorée et rejetée » par les institutions internationales.

On trouvera aussi dans l’article « Faibles doses d’irradiation » sur wikipedia, de très nombreuses références bibliographiques sur le sujet, dont certaines en Français.

Pour avoir des informations précises sur la radioactivité, les rayonnements qui en découlent et leurs effets biologiques, on lira avec profit l’article « Radioactivité et réactions nucléaires » dans l’Encyclopédie de l’environnement.

Je remercie Christophe de La Roche Saint-André, chercheur au CNRS, qui fut mon collaborateur, pour ses judicieuses suggestions dans la rédaction de ce texte.

Encyclopédie de l’environnement

Ce court billet pour signaler la création d’un site en accès libre traitant des questions environnementales. Il est conçu et mis en œuvre par des scientifiques et parrainé par l’Université Grenoble-Alpes. Cette encyclopédie de l’environnement comporte huit rubriques traitant chacune d’une composante essentielle de notre environnement : air, eau, sol, climat, physique, vivant, santé, société. A ce jour (19 oct. 2016), 57 articles sont en ligne, beaucoup d’autres sont en préparation. Tous les textes sont écrits par des scientifiques spécialisés dans les sujets traités; Ils permettront aux lecteurs de disposer d’informations fiables et d’être en mesure d’exercer leur esprit critique sur un sujet qui prend de plus en plus d’importance et qui est bien souvent mal traité (en 2 mots comme en 1 seul) par les médias.

Je profite de cette annonce pour ajouter quelques commentaires plus personnels. Cette initiative était devenue nécessaire dans le contexte actuel. Il règne en effet sur les questions environnementales une grande confusion, créée et entretenue par des organisations à intérêts divers, politiques ou commerciaux (le cumul n’étant pas interdit !), qui déclarent tout et son contraire sur ce vaste et important sujet. Déclarations abondamment relayées par les médias, d’autant plus fortement qu’elles sont plus génératrices d’inquiétudes. C’est très bon pour l’audimat, donc pour les recettes publicitaires. Un véritable commerce de la peur s’est ainsi développé et prend des proportions qui peuvent légitimement inquiéter pour au moins deux raisons. D’une part, ces campagnes de désinformation entraînent les dirigeants politiques à prendre des positions démagogiques dommageables, d’autre part elles alimentent un dangereux courant antiscience, de plus en plus tapageur et parfois violent. Les groupes associatifs ou politiques qui mènent ces campagnes se réclament de l’écologie. Or l’écologie est une science, née à la fin du 19e siècle, suite aux théories de Lamarck et surtout de Darwin, et ces campagnes de peur sont theologie-naturelleaux antipodes de la démarche scientifique. Non seulement par les arguments avancés, mais plus profondément par la vision de la nature qui les anime. Une vision toute imprégnée de la théologie naturelle, pensée religieuse dominante jusqu’à Darwin. Elle prônait la croyance que tout est harmonie dans une Nature créée par intervention divine. Sous-entendu : toute intervention de l’homme est sacrilège. Il faut vraiment n’avoir aucun sens de l’observation pour croire que la nature est bonne et harmonieuse, et il faut être fortement imprégné de culture biblique pour considérer que l’homme est extérieur à cette nature. En d’autres termes, tous ces marchands de peur sont encore tout pénétrés de relents créationnistes sans en être du tout conscients.

En bref, le terme « écologie » est littéralement usurpé à des fins politiques ou commerciales. C’est au point que les chercheurs de cette discipline, depuis déjà longtemps, ont préféré renoncer au qualificatif d' »écologistes » et le remplacer par celui d' »écologues ». Un abandon défaitiste, lié en partie à des problèmes internes à cette discipline, qui a été peu judicieux et se trouve à l’origine d’un malheureux malentendu chez le grand public. Ainsi, la plupart des gens s’imaginent que lorsqu’un parti ou une association s’exprime au nom de l’écologie, c’est en s’appuyant réellement sur des connaissances scientifiques, alors que c’est rarement le cas. On trouvera beaucoup plus d’informations sur ce sujet dans deux ouvrages clés :

-L’écologie est -elle encore scientifique ? de Christian Lévêque, publié en 2013 aux éditions Quae.

L’écologie kidnappée de Georges Guille-Escuret, publié en 2014 au PUF.

L’évolution biologique entre science et croyances

« L’évolution ne cesse d’aller à contre-courant de nos réflexes premiers et profonds. Pourquoi ? Tout simplement parce que parler d’évolution c’est parler de science et seulement de science ». Guillaume Lecointre « Guide critique de l’évolution »

Dans plusieurs textes de ce blog il a été question de l’évolution des êtres vivants, phénomène généralement très mal compris et pas seulement par le grand public. Pourtant, il s’agit de la découverte scientifique qui a eu l’impact le plus considérable sur notre représentation du monde vivant et de la place que nous y occupons. Elle a fait passer l’Homme du statut d’un être créé par Dieu à son image au statut d’une espèce issue d’une très longue histoire évolutive à partir d’autres organismes. C’est là bien sûr la raison essentielle des incompréhensions, réticences et rejets dont elle est toujours l’objet. Elle bouleverse aussi notre perception des écosystèmes, que nous savons maintenant être en perpétuel changement et non plus statiques (une vision encore majoritaire dans la mouvance dite «écologiste»). Il m’a paru utile de résumer en un seul texte, le plus bref possible pour en faciliter la lecture, les concepts les plus basiques de ce processus évolutif en renvoyant, pour plus de détails, à d’autres textes de ce blog ou à des ouvrages plus complets. Lire la suite

ADN partout… ADN nulle part… perplexité d’un généticien

Comme on peut s’en douter à la lecture du titre, ce texte est écrit sur le mode humoristique, je ne vois pas d’ailleurs de quelle autre façon pourrait être traité un pareil sujet même si, tout compte fait, ce qui en ressort n’est pas vraiment réjouissant. Comme dit la chanson de Jean Ferrat : « Faut-il pleurer, faut-il en rire ? … » . A chacun de juger. Lire la suite

Une agricultrice qui sait de quoi elle parle

« Agriculture, idées reçues, réalités », c’est le titre d’une conférence TED, disponible en vidéo sur plusieurs sites internet dont Résonnances ( sic ! ) et Alerte Environnement, qui présente aussi quelques commentaires intéressants. Puisque, à plusieurs reprises dans ce blog,  j’ai abordé des questions agronomiques, je crois bon de signaler cette prestation très éclairante. La conférencière, Céline Imart, est une jeune agricultrice qui a un cursus très atypique puisqu’elle est diplômée de Sciences-Po et de l’Essec. En 2009, elle a fait le choix de reprendre la ferme familiale dans le Tarn. Depuis juin 2014, elle est vice-présidente du syndicat des jeunes agriculteurs. Elle nous présente son métier avec brio dans une courte conférence ( 17 minutes ) assez remarquable, sans éviter les sujets tabous de la pensée unique ( OGM, bio ….).

Sa prestation est un bol d’air frais dans une période ( surtout depuis 2008 ) où se multiplient sur l’agroalimentaire de soi-disant « documentaires » dont la déontologie de l’information est manifestement le dernier des soucis. Au point que dans le titre de cette conférence, à la place d’« idées reçues », elle aurait plutôt dû écrire « idées matraquées ». Juste une anomalie à signaler : elle dit que le jambon pata negra espagnol est OGM et que nous mangeons tous des OGM depuis 20 ans, c’est incorrect. Les 4 millions de tonnes d’OGM qui arrivent dans les ports français ne sont pas du tout destinés à l’alimentation humaine mais aux animaux d’élevage ou à l’industrie. Ce n’est pas parce que les animaux d’élevage mangent des plantes GM qu’ils deviennent eux-mêmes génétiquement modifiés. Ça c’est de la magie à la Walt Disney!

On reconnaîtra dans la conférence un certain nombre d’informations et d’idées de certains articles ou commentaires de ce blog.

Croyances et démocratie

9782130607298La principale raison d’être de ce blog étant de démystifier les « croyances, superstitions et dérives médiatiques » dans les domaines qui touchent à la Génétique, et ils sont nombreux, je me devais de signaler un livre qui va bien au-delà de ce champ de compétences et dont la lecture est à la fois agréable et stimulante, voire même très surprenante par moments. Il s’agit de « La démocratie des crédules » de Gerald Bronner.  Cette lecture intéressera tous ceux qui veulent aiguiser leur esprit critique pour faire face à ces avalanches de croyances, plus délirantes les unes que les autres, auxquelles nous sommes confrontés en permanence avec les média et certaines ONG,  surtout depuis le développement d’internet. Lire la suite

Le maïs, le petit papillon et les méchants champignons – Fable italienne très édifiante

Dans l’article « OGM, fantasmes et réalités », j’avais évoqué la dangerosité alimentaire des mycotoxines dont certaines sont à la fois cancérogènes, neurotoxiques, et autres joyeusetés. C’est le moment d’y revenir à la lumière d’un énorme scandale sanitaire qui agite l’Italie et dont nous n’avons aucun écho en France. Le directeur d’une coopérative agricole  regroupant 16 producteurs a été emprisonné et une vingtaine d’autres personnes sont, à des degrés divers, poursuivies par la justice. Près de 300 carabiniers  sont mobilisés pour effectuer des dizaines de perquisitions. L’affaire est donc de taille et sous la pression publique, l’enquête est menée grand train et en profondeur, du moins on peut l’espérer. Lire la suite

Les surprises de l’évolution : des virus parmi nos ancêtres ?

A plusieurs reprises, j’ai abordé ici des questions touchant à l’évolution ou à la transgenèse. C’est une bonne raison pour parler d’une découverte récente qui fait un lien très spectaculaire entre ces deux sujets. Elle montre le rôle inattendu joué par certains virus dans l’apparition d’une innovation évolutive essentielle chez les mammifères : le placenta.

Schéma d'un virion de VIH

Schéma d’un virion de VIH. Les protéines de l’enveloppe sont les petites protubérances ovoïdes fixées sur la membrane virale, à la surface du virion .

Les virus impliqués dans cette innovation évolutive appartiennent à la famille des rétrovirus ( retroviridae ). L’exemple le plus largement connu est le VIH, responsable du SIDA. Mais il  en existe de nombreuses sous-familles qui infectent toutes les espèces connues, aussi bien animales que végétales et toutes ne sont pas  pathogènes. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans l’article « OGM : fantasmes et réalités ». Lire la suite

La montée en puissance des idéologies créationnistes

La question du créationnisme ayant été abordée dans plusieurs articles de ce blog, je tiens donc à signaler un excellent livre de Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau qui vient de paraître aux éditions Belin : « Enquête sur les créationnismes – réseaux, stratégies et objectifs politiques » C’est un ouvrage remarquablement bien conçu. Il débute par une préface sous forme d’entretien avec l’évolutionniste Guillaume Lecointre, qui pose clairement le problème de la spécificité de la démarche scientifique et de la nécessaire neutralité de la recherche vis à vis de tous les discours politiques ou religieux. Ensuite, dans l’introduction, pour clarifier leur propos, les auteurs présentent une définition du créationnisme au sens large : « Toute tentative d’explication du monde naturel visant à prouver de manière active qu’une force surnaturelle et décisionnelle élabore le monde ». Lire la suite

Le VIH ? Une invention des chercheurs !

A propos des courants antiscience qui ont fait l’objet de l’article précédent, juste une petite anecdote bien significative des outrances où ils peuvent mener et des dangers très concrets qu’ils peuvent représenter.

Il y a quelque temps j’assistais, en simple auditeur, à un débat organisé par le comité local d’ATTAC d’une ville voisine sur l’industrie pharmaceutique et les médicaments. Au moment où la discussion est arrivée sur les médications anti-SIDA, une participante a déclaré haut et fort que toutes ces thérapies ne pouvaient être que nocives car le VIH n’existait pas. Ce n’était qu’une invention des scientifiques et de l’industrie pharmaceutique. La preuve, c’est qu’on n’avait jamais réussi à l’isoler ( précisons qu’il a été isolé en 1984 et séquencé en 1985, il y a donc presque 30 ans ! ). Elle a poursuivi en affirmant que le SIDA, comme toutes les autres maladies, était un problème nutritionnel et qu’il suffisait de manger sainement pour rester en bonne santé. Deux personnes assises à coté d’elle approuvaient, elles appartenaient manifestement toutes trois à l’une de ces « sectes diététiques » qui prétendent que si on se nourrit selon leurs règles ( au demeurant très diverses selon les sectes ! ), on n’est jamais malade. A ma grande surprise, et alors qu’une trentaine de personnes assistaient à cette réunion, j’ai été le seul à réagir ( après un instant de stupeur tout de même ! ).

J’ai appris depuis que cette colossale ineptie n’était pas une invention des personnes présentes à cette réunion, mais était véhiculée par des groupes antisciences. L’obscurantisme, quand il atteint de pareils sommets, devient ( une fois de plus! ) criminel car nier l’existence du VIH revient à dire : « le SIDA n’est pas contagieux, inutile de prendre des précautions ». Bonjour les dégâts !