Encyclopédie de l’environnement

Ce court billet pour signaler la création d’un site en accès libre traitant des questions environnementales. Il est conçu et mis en œuvre par des scientifiques et parrainé par l’Université Grenoble-Alpes. Cette encyclopédie de l’environnement comporte huit rubriques traitant chacune d’une composante essentielle de notre environnement : air, eau, sol, climat, physique, vivant, santé, société. A ce jour (19 oct. 2016), 57 articles sont en ligne, beaucoup d’autres sont en préparation. Tous les textes sont écrits par des scientifiques spécialisés dans les sujets traités; Ils permettront aux lecteurs de disposer d’informations fiables et d’être en mesure d’exercer leur esprit critique sur un sujet qui prend de plus en plus d’importance et qui est bien souvent mal traité (en 2 mots comme en 1 seul) par les médias.

Je profite de cette annonce pour ajouter quelques commentaires plus personnels. Cette initiative était devenue nécessaire dans le contexte actuel. Il règne en effet sur les questions environnementales une grande confusion, créée et entretenue par des organisations à intérêts divers, politiques ou commerciaux (le cumul n’étant pas interdit !), qui déclarent tout et son contraire sur ce vaste et important sujet. Déclarations abondamment relayées par les médias, d’autant plus fortement qu’elles sont plus génératrices d’inquiétudes. C’est très bon pour l’audimat, donc pour les recettes publicitaires. Un véritable commerce de la peur s’est ainsi développé et prend des proportions qui peuvent légitimement inquiéter pour au moins deux raisons. D’une part, ces campagnes de désinformation entraînent les dirigeants politiques à prendre des positions démagogiques dommageables, d’autre part elles alimentent un dangereux courant antiscience, de plus en plus tapageur et parfois violent. Les groupes associatifs ou politiques qui mènent ces campagnes se réclament de l’écologie. Or l’écologie est une science, née à la fin du 19e siècle, suite aux théories de Lamarck et surtout de Darwin, et ces campagnes de peur sont theologie-naturelleaux antipodes de la démarche scientifique. Non seulement par les arguments avancés, mais plus profondément par la vision de la nature qui les anime. Une vision toute imprégnée de la théologie naturelle, pensée religieuse dominante jusqu’à Darwin. Elle prônait la croyance que tout est harmonie dans une Nature créée par intervention divine. Sous-entendu : toute intervention de l’homme est sacrilège. Il faut vraiment n’avoir aucun sens de l’observation pour croire que la nature est bonne et harmonieuse, et il faut être fortement imprégné de culture biblique pour considérer que l’homme est extérieur à cette nature. En d’autres termes, tous ces marchands de peur sont encore tout pénétrés de relents créationnistes sans en être du tout conscients.

En bref, le terme « écologie » est littéralement usurpé à des fins politiques ou commerciales. C’est au point que les chercheurs de cette discipline, depuis déjà longtemps, ont préféré renoncer au qualificatif d' »écologistes » et le remplacer par celui d' »écologues ». Un abandon défaitiste, lié en partie à des problèmes internes à cette discipline, qui a été peu judicieux et se trouve à l’origine d’un malheureux malentendu chez le grand public. Ainsi, la plupart des gens s’imaginent que lorsqu’un parti ou une association s’exprime au nom de l’écologie, c’est en s’appuyant réellement sur des connaissances scientifiques, alors que c’est rarement le cas. On trouvera beaucoup plus d’informations sur ce sujet dans deux ouvrages clés :

-L’écologie est -elle encore scientifique ? de Christian Lévêque, publié en 2013 aux éditions Quae.

L’écologie kidnappée de Georges Guille-Escuret, publié en 2014 au PUF.

Croyances et démocratie

9782130607298La principale raison d’être de ce blog étant de démystifier les « croyances, superstitions et dérives médiatiques » dans les domaines qui touchent à la Génétique, et ils sont nombreux, je me devais de signaler un livre qui va bien au-delà de ce champ de compétences et dont la lecture est à la fois agréable et stimulante, voire même très surprenante par moments. Il s’agit de « La démocratie des crédules » de Gerald Bronner.  Cette lecture intéressera tous ceux qui veulent aiguiser leur esprit critique pour faire face à ces avalanches de croyances, plus délirantes les unes que les autres, auxquelles nous sommes confrontés en permanence avec les média et certaines ONG,  surtout depuis le développement d’internet. Lire la suite

Le maïs, le petit papillon et les méchants champignons – Fable italienne très édifiante

Dans l’article « OGM, fantasmes et réalités », j’avais évoqué la dangerosité alimentaire des mycotoxines dont certaines sont à la fois cancérogènes, neurotoxiques, et autres joyeusetés. C’est le moment d’y revenir à la lumière d’un énorme scandale sanitaire qui agite l’Italie et dont nous n’avons aucun écho en France. Le directeur d’une coopérative agricole  regroupant 16 producteurs a été emprisonné et une vingtaine d’autres personnes sont, à des degrés divers, poursuivies par la justice. Près de 300 carabiniers  sont mobilisés pour effectuer des dizaines de perquisitions. L’affaire est donc de taille et sous la pression publique, l’enquête est menée grand train et en profondeur, du moins on peut l’espérer. Lire la suite

Le VIH ? Une invention des chercheurs !

A propos des courants antiscience qui ont fait l’objet de l’article précédent, juste une petite anecdote bien significative des outrances où ils peuvent mener et des dangers très concrets qu’ils peuvent représenter.

Il y a quelque temps j’assistais, en simple auditeur, à un débat organisé par le comité local d’ATTAC d’une ville voisine sur l’industrie pharmaceutique et les médicaments. Au moment où la discussion est arrivée sur les médications anti-SIDA, une participante a déclaré haut et fort que toutes ces thérapies ne pouvaient être que nocives car le VIH n’existait pas. Ce n’était qu’une invention des scientifiques et de l’industrie pharmaceutique. La preuve, c’est qu’on n’avait jamais réussi à l’isoler ( précisons qu’il a été isolé en 1984 et séquencé en 1985, il y a donc presque 30 ans ! ). Elle a poursuivi en affirmant que le SIDA, comme toutes les autres maladies, était un problème nutritionnel et qu’il suffisait de manger sainement pour rester en bonne santé. Deux personnes assises à coté d’elle approuvaient, elles appartenaient manifestement toutes trois à l’une de ces « sectes diététiques » qui prétendent que si on se nourrit selon leurs règles ( au demeurant très diverses selon les sectes ! ), on n’est jamais malade. A ma grande surprise, et alors qu’une trentaine de personnes assistaient à cette réunion, j’ai été le seul à réagir ( après un instant de stupeur tout de même ! ).

J’ai appris depuis que cette colossale ineptie n’était pas une invention des personnes présentes à cette réunion, mais était véhiculée par des groupes antisciences. L’obscurantisme, quand il atteint de pareils sommets, devient ( une fois de plus! ) criminel car nier l’existence du VIH revient à dire : « le SIDA n’est pas contagieux, inutile de prendre des précautions ». Bonjour les dégâts !

Les multiples chemins de l’antiscience

« Le principal fléau de l’humanité n’est pas l’ignorance mais le refus de savoir« .

Simone de Beauvoir

Dans certains articles de ce blog concernant les biotechnologies, j’avais rapidement évoqué la position antiscience évidente de certains opposants aux OGM, notamment les plus radicaux. Je reviens plus largement ici sur l’hostilité à la connaissance scientifique, car elle est le fait de courants très divers, plus influents et plus actifs qu’on ne pourrait le croire. Lire la suite

OGM et dérives médiatiques : une apothéose !

Des additifs, à partir du 17 octobre 2012, se trouvent en fin de texte.

Depuis le jeudi 20 septembre, personne n’a pu échapper à l’incroyable ramdam médiatique qui a accompagné la publication d’une étude du laboratoire de Gilles-Eric Séralini, de l’université de Caen. Ce travail concerne un maïs OGM, qui se serait avéré très toxique chez les rats lors de tests à long terme ( deux ans ). Le Nouvel Observateur du 20 septembre a publié un dossier titré : « Oui, les OGM sont des poisons » et son contenu a été relayé par pratiquement tous les media, journaux et radio, sans aucune précaution et avec une surenchère de titres plus accrocheurs et plus passionnels les uns que les autres. Lire la suite

Les activistes de l’antiscience

L’article de ce blog « OGM : fantasmes et réalités », écrit pour l’essentiel en 2008, manifeste des inquiétudes, largement partagées dans la communauté scientifique, toutes disciplines confondues, sur la montée en puissance des courants antiscience. L’arrachage, à deux reprises, de vignes faisant l’objet d’expérimentations au centre de Colmar de l’Institut National de Recherche Agronomique ( INRA ), un organisme public, confirme malheureusement le bien fondé de ces craintes.

Mon propos ici est de faire ressortir ce qui me parait être la véritable signification idéologique de cette affaire, dans un contexte où se manifeste une inquiétante dérive du courant anti-OGM le plus extrémiste. Nous y reviendrons d’ailleurs dans un autre article, sur les soi-disant « OGM cachés ». Lire la suite

OGM : fantasmes et réalités

Texte publié en  2008 sur le blog « Sous les toits » et sur Agoravox.
Révisé régulièrement depuis 2014, principalement sur les aspects socio-économiques.

Depuis les années 90, une controverse aussi vive que confuse rend incompréhensible la question des OGM pour le grand public. Ce qui n’était au départ qu’un simple débat a pris des allures de violente polémique, sur un fond de désinformation abyssale. On en est maintenant à un mélange de passionnel et de manipulation politique et mercantile. Plus grave : on  assiste même à des dérives antiscience violentes, fortement connotées d’obscurantisme, qui sont traitées dans d’autres articles de ce blog.
Si l’on veut tenter de replacer le débat dans un cadre rationnel, à l’intention de ceux qui souhaitent sincèrement s’informer, il faut commencer par dissocier deux aspects très différents de la question, l’un relevant du domaine scientifique, l’autre de questionnements socio-économiques et éthiques.
1) L’aspect scientifique comporte lui-même deux volets. L’un relève directement de la génétique : les OGM représentent-ils quelque chose de radicalement nouveau dans le monde vivant ? L’autre concerne leurs risques et avantages éventuels.
2) L’aspect socio-économique porte sur le problème des brevets sur le vivant, dont nous verrons qu’il concerne tout autant, sinon plus, la médecine que l’agronomie.
Ces deux aspects, scientifique et socio-économique, sont constamment amalgamés dans le débat public, parfois par simple confusion, souvent par volonté délibérée. Il est d’ailleurs regrettable que cet amalgame soit aussi entretenu par certains scientifiques qui, ne sachant pas (ou ne voulant pas) faire la part de la science et du militantisme politique, au mépris des fondements même de la démarche scientifique, contribuent délibérément à brouiller les cartes. Lire la suite

L’héritage de Darwin et ses dévoiements. Le grand retour du «darwinisme social »

Retouché en 2014

Pour le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin, en 2009, on a beaucoup parlé de la théorie de l’évolution et des conflits passionnés qu’elle a suscités, et suscite toujours, avec les religions. On a beaucoup moins évoqué les détournements idéologiques de la pensée de Darwin, dont un au moins, dénommé abusivement depuis 1880 « darwinisme social » a, lui aussi, déclenché de vives polémiques dès la fin du XIXe siècle. Si le premier débat est toujours très actuel, suite au regain des intégrismes religieux et des courants antiscience, le second ne l’est pas moins, mais de façon plus insidieuse. Depuis les années 1980, il imprègne tout le discours de l’idéologie dominante.
Je me propose ici de résumer quelques éléments de réflexion pour aider à mieux cerner les enjeux majeurs de ces débats autour du darwinisme

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Pourquoi ce blog ?

Il est extrêmement désagréable, quand on a consacré sa vie professionnelle à la recherche et à l’enseignement scientifiques de se sentir en permanence, dans la vie courante et sur des sujets que l’on connaît bien, soumis à un déluge de croyances et d’allégations extravagantes, voire franchement malhonnêtes. Croyances et réalités ne font pas toujours bon ménage, il y a un fossé entre les deux, parfois même un abîme. La Terre n’est pas plate et le soleil ne tourne pas autour (comme certains persistent à le croire ), iI faut s’y faire !

Sur certains sujets ‘chauds’, la désinformation peut atteindre des niveaux  impressionnants. Elle est souvent le fait d’organisations ou associations qui en ont fait leur fond de commerce. Comme ces sujets sont très médiatisées, elles sont aidées par quelques personnages, pseudo-scientifiques mais vrais charlatans, qui trouvent là une occasion inespérée de faire parler d’eux, voire de gagner de l’argent, et achèvent de semer la confusion dans les esprits. Le plus grave, c’est que ces organisations et individus ont l’oreille des média qui, soumis à des exigences commerciales, font très volontiers écho aux idées les plus alarmantes. Jouer sur l’émotionnel en alimentant les peurs les plus fantasmatiques, profondément enfouies dans nos inconscients, est beaucoup plus vendeur que de faire appel aux connaissances qui relèvent de la raison.  C’est encore plus inquiétant quand des média publics à vocation culturelle, comme ARTE, France 2 ou France 5, jouent à ce lamentable petit jeu.

Au milieu de ce brouillage médiatique, il est très difficile (voire même impossible sur certains sujets) aux chercheurs compétents et honnêtes de se faire entendre et les citoyens qui veulent vraiment chercher à comprendre sont dans l’incapacité de démêler le vrai du faux. Au delà de ce rapport à la science, complètement faussé, c’est toute la question de la possibilité même d’une démocratie véritable qui est posée. Elle se pose avec d’autant plus d’acuité que tout un courant antiscience va se développant (le regain des idées créationnistes en est un des symptômes les plus flagrants, mais il n’est, hélas, pas le seul !). C’est très inquiétant car une authentique démarche scientifique est notre seul rempart contre toutes les croyances et les superstitions et celles-ci, outre qu’elles sont vaines et mentalement aliénantes, sont susceptibles des pires dérives. Un seul exemple parmi tant d’autres : la croyance encore très répandue, et instrumentalisée par des politiciens sans scrupules, de l’inégalité des « races » humaines, à l’origine des crimes que l’on sait au cours de l’Histoire et dont la génétique a montré l’inanité.

Le but de ce blog est de donner des éléments de réflexion à ceux qui en ressentent sincèrement le besoin, surtout sur des sujets très médiatisés. Il ne faudra donc pas s’étonner d’y trouver des données et des idées complètement à contre-courant du discours ambiant. Dans la logique de ce qui précède, on ne trouvera ici que des articles qui gravitent autour de la discipline que j’estime bien connaître : la Génétique. Les textes seront souvent un peu longs mais si l’expérience montre que si l’on peut faire de l’information sérieuse à l’usage de tous, elle montre aussi qu’on ne peut la faire avec un lance-pierre. A chacun de choisir.