L’évolution biologique entre science et croyances

« L’évolution ne cesse d’aller à contre-courant de nos réflexes premiers et profonds. Pourquoi ? Tout simplement parce que parler d’évolution c’est parler de science et seulement de science ». Guillaume Lecointre « Guide critique de l’évolution »

Dans plusieurs textes de ce blog il a été question de l’évolution des êtres vivants, phénomène généralement très mal compris et pas seulement par le grand public. Pourtant, il s’agit de la découverte scientifique qui a eu l’impact le plus considérable sur notre représentation du monde vivant et de la place que nous y occupons. Elle a fait passer l’Homme du statut d’un être créé par Dieu à son image au statut d’une espèce issue d’une très longue histoire évolutive à partir d’autres organismes. C’est là bien sûr la raison essentielle des incompréhensions, réticences et rejets dont elle est toujours l’objet. Elle bouleverse aussi notre perception des écosystèmes, que nous savons maintenant être en perpétuel changement et non plus statiques (une vision encore majoritaire dans la mouvance dite «écologiste»). Il m’a paru utile de résumer en un seul texte, le plus bref possible pour en faciliter la lecture, les concepts les plus basiques de ce processus évolutif en renvoyant, pour plus de détails, à d’autres textes de ce blog ou à des ouvrages plus complets.

Les mécanismes de base, découverts par Darwin, ont été enrichis par plus d’un siècle de recherches pour constituer la théorie actuelle de l’évolution, dénommée « théorie synthétique de l’évolution » ou encore « néodarwinisme ». Les réactions qu’elle suscite peuvent paraître d’autant plus surprenantes qu’il est constamment question, dans la vie courante, du processus évolutif. Par exemple quand on parle de résistance des bactéries pathogènes aux antibiotiques, des insectes aux insecticides ou des plantes aux herbicides. Mais si ces résistances sont bien admises, il faut croire que leur mécanisme d’apparition reste très mystérieux pour la plupart des gens. Pour les antibiotiques, vous entendrez même dire couramment que ce sont les malades qui sont devenus résistants.

La théorie darwinienne de l’évolution

Après son voyage de cinq ans autour du monde, qui l’avait amené à s’interroger sur l’origine des espèces, Charles Darwin s’était beaucoup intéressé aux pratiques des éleveurs. Il avait bien compris que les variations héréditaires apparaissent de manière «spontanée et accidentelle » et qu’elles n’étaient pas des variations adaptatives induites par le milieu comme le supposait Lamarck avant lui (voir plus loin). Mais, au tout début, Darwin ne voyait pas ce qui, dans la nature, pouvait jouer un rôle équivalent à la sélection pratiquée par l’éleveur. Dans son autobiographie, il raconte que l’étincelle se fait en octobre 1838, en lisant Malthus. Ce dernier écrit dans son « Essai sur le principe de population » que le rythme de reproduction des êtres vivants, en particulier de l’espèce humaine, est disproportionné en regard de la quantité de nourriture disponible. Darwin écrit : « Comme j’étais bien placé pour apprécier la lutte omniprésente pour l’existence, du fait de mes nombreuses observations sur les habitudes des animaux et des plantes, l’idée me vint tout à coup que dans ces circonstances, les variations favorables auraient tendance à être conservées et les défavorables à être détruites. Il en résulterait la formation de nouvelles espèces. J’avais donc enfin trouvé une théorie sur laquelle travailler… ».

Ainsi s’est mis en place, dans son esprit, le noyau central de sa théorie : le tandem ‘variations héréditaires fortuites + sélection naturelle‘ qui aboutissait à ce qu’il nommait la « descendance avec modification » (le terme « évolution », à cette époque, signifiait plutôt « développement »). Pour Darwin, les variations étaient le matériau à partir duquel la sélection, véritable moteur de l’évolution, adaptait en permanence une population aux changements du milieu environnant, jusqu’à modifier les espèces. Même s’il avait compris que d’autres facteurs, dont la sélection sexuelle et l’isolement reproductif, interviennent également.

Quant à l’origine de ces variations héréditaires, c’était pour lui la grande énigme. A son époque, aucune connaissance scientifique ne permettait d’y répondre. Ce n’est qu’avec la naissance de la génétique et la découverte des mutations que le mystère a pu être résolu. C’est ce qui a permis d’élaborer la théorie moderne, confirmée depuis par de multiples recherches. Parmi les plus récentes et les plus spectaculaires, citons celles de Peter et Rosemarie Grant sur les pinsons des Galapagos, (les fameux « pinsons de Darwin ») qui montrent deux choses principales :« a) la grande variabilité génétique de ces traits écologiquement importants (forme du bec et du corps) dans les populations naturelles; b) la rapidité avec laquelle les caractéristiques de ces populations peuvent changer. Ces découvertes ont constitué toutes deux une extraordinaire surprise pour les biologistes de l’évolution. » (Fondation Internationale Prix Balzan). Voir Addendum du 3 mai 2016.

L’évolution et le public

Selon une enquête IPSOS réalisée en 2011, 55% des français connaissent et acceptent l’évolutionnisme, 9% sont créationnistes et 36% sont « sans opinion tranchée ». Ces chiffres sont déjà inquiétants pour le niveau de culture scientifique général, mais on pourrait se rassurer en disant que c’est toujours mieux qu’aux USA où 40 % des sondés sont créationnistes et 28 % seulement acceptent l’évolution. Sauf que les choses ne sont pas aussi simples. Lors de discussions ou de lectures, on se rend vite compte que ceux qui admettent l’évolution en ont, la plupart du temps, une vision bien éloignée des connaissances scientifiques. Une étude récente du sociologue Dominique Guillo le confirme largement (Ni Dieu, ni Darwin Les Français et la théorie de l’évolution). On réalise du même coup que la vision très fixiste de la nature qui domine chez les environnementalistes (dont les idées sont largement répercutées par les médias), en contradiction flagrante avec la pensée évolutionniste, constitue un obstacle à son assimilation profonde par le public.

Le rejet pur et simple de l’évolution est très majoritairement le fait de fondamentalistes religieux. Dans ce cas, il ne s’agit pas de simple ignorance ou d’incompréhension mais d’un refus de savoir, autrement dit d’obscurantisme, nous n’en parlerons pas ici. Pour ceux qui admettent le fait évolutif, c’est son mécanisme qui est en général l’objet d’incompréhensions, voire de rejet, la démarcation entre les deux n’étant pas toujours évidente.

Difficultés de compréhension

Ce sont les deux piliers de la théorie, variabilité héréditaire fortuite et sélection naturelle, qui posent problème à beaucoup de gens, y compris à des gens cultivés, voire même à des biologistes ou à des philosophes des sciences (ou qui se disent tels).

Les chiens ne font pas des chats, c’est un air bien connu. Pour le sens commun, il est donc tout à fait contre-intuitif que des variations génétiques fortuites puissent être à l’origine de modifications biologiques importantes. Nous l’avons pourtant sous les yeux tous les jours avec les espèces domestiques où beaucoup de variations spontanées qui, dans la nature, seraient éliminées par la sélection, sont conservées et sélectionnées par les éleveurs à des fins diverses. Chez les plantes l’exemple du maïs est très spectaculaire comme, chez les animaux, les énormes différences morphologiques entre races canines. Dans la nature, c’est cette plasticité génétique, couplée à la sélection naturelle, qui permet à des organismes très divers de coloniser les milieux les plus variés.

La variété des races de chiens illustre bien l'ampleur de la variabilité héréditaire fortuite. En l'utilisant, l'homme a pu, à parti du loup, obtenir des animaux aussi différents que Max le Terre-neuve et Jibus le Shih tzu.
La variété des races de chiens illustre bien l’ampleur de la variabilité héréditaire fortuite. En l’utilisant l’homme a pu, à partir du loup, obtenir des animaux aussi différents que Max le Terre-neuve et Jibus le Shih tzu. ©Françoise et Jean-Claude Vialle

La sélection naturelle est, elle aussi, généralement mal comprise. Elle est souvent vue comme la lutte de chacun contre tous et l’élimination brutale des plus faibles. Ce n’est qu’une caricature. La lutte pour la vie n’est pas forcément une lutte entre vivants, c’est l’ensemble des actes permanents qui permettent le maintien de la vie : se nourrir, se protéger, se reproduire. Darwin donnait l’exemple d‘une plante en bordure d’un désert, elle lutte contre la sécheresse pour survivre et ne fait de mal à personne. Cette lutte peut aussi impliquer de la coopération, intra ou interspécifique, les exemples ne manquent pas.

Le malentendu est aggravé par le fait que beaucoup de textes sur l’évolution remplacent « sélection naturelle »par « survie du plus apte », ce qui suggère une sorte de compétition mortelle entre individus. C’est la traduction de l’expression anglaise « survival of the fittest » que Darwin n’a utilisée qu’à partir de la 5e édition de « L’Origine des espèces », pressé par des critiques qui l’accusaient, à tort, de personnifier la sélection naturelle. Cette expression est en fait de Herbert Spencer, considéré à l’époque comme un grand philosophe et véritable promoteur du « darwinisme social » qui se situe aux antipodes des idées de Darwin.

En réalité, la sélection naturelle joue essentiellement sur le succès reproductif. Ce sont les types génétiques (génotypes) qui laisseront le plus de descendants, aptes eux-mêmes à se reproduire, qui modèleront le devenir de la population.

Difficultés d’acceptation

Ce second type de réaction n’a plus rien à voir avec une démarche rationnelle. Le darwinisme est parfois l’objet d’un véritable blocage mental, liée à un conditionnement culturel très profond. Des opposants radicaux, dont certains se disent pourtant évolutionnistes, n’hésitent pas à le qualifier de : « théorie mortifère », « matérialisme ravageur », « légende maudite ». Pas triste non ? Nous sommes là clairement dans le registre passionnel et de tels qualificatifs éclairent singulièrement l’extraordinaire impact affectif de cette théorie. Pour en savoir plus, on pourra se reporter au texte de ce blog sur l’antiscience, mais surtout à l’analyse de Gerald Bronner et à l »ouvrage de C. Baudouin et O. Brosseau.

Pour être bref, disons que la pierre d’achoppement réside dans le matérialisme de la théorie et la part qu’elle donne aux événements fortuits. Les deux piliers du mécanisme évolutif, variation génétique et sélection naturelle, sont deux forces matérielles et aveugles, aux conséquences imprédictibles. Nous ne sommes pas l’aboutissement d’un progrès inéluctable, mais le résultat d’un processus très contingent, où domine l’imprévisible. Si l’évolution recommençait, rien ne permet de penser qu’Homo sapiens, ou une espèce proche, apparaîtrait de nouveau. Cela heurte non seulement notre anthropocentrisme, mais aussi une vision quasi-religieuse de la nature, souvent inconsciente mais bien réelle, fortement ancrée dans le courant environnementaliste (voir notamment « La terre est un être vivant – L’hypothèse Gaia »  de James Lovelock). Au fond, ce que beaucoup ne supportent pas dans le darwinisme c’est d’avoir désenchanté le monde, ou plutôt leur vision du monde.

C’est ainsi qu’en France, l’idée même d’évolution n’a été acceptée par la plupart des biologistes qu’avec un demi-siècle de retard et, quand elle l’a été, c’est surtout le lamarckisme qui a prévalu, jusque vers le milieu du siècle dernier. Jean-Baptiste Lamarck, très grand naturaliste français, a été le premier à proposer une théorie cohérente de l’évolution des espèces vivantes, 50 ans avant Darwin (on parlait alors de transformisme). Mais quant au mécanisme, il postulait une influence plus ou moins directe du milieu. Pour lui, les « circonstances », les « besoins », les « efforts » (au moins pour les animaux), modifiaient les organismes vivants dans un sens adaptatif, et ces modifications étaient définitivement transmises aux descendants. C’était évidemment beaucoup plus conforme à la bonne morale sociale : on s’adapte en faisant des efforts et on transmet cette adaptation à nos enfants, c’est merveilleux, même la religion peut y trouver son compte. Sauf que c’est en contradiction avec toutes les connaissances scientifiques acquises depuis plus d’un siècle.

J’ai commencé avec une citation de Guillaume Lecointre, je terminerai avec une autre de Gérald Bronner : « L’autorité de la science n’est jamais autant contestée que lorsqu’elle contrarie les pentes naturelles de notre esprit, et pourtant, c’est toujours là qu’elle est la plus utile. ».

Plante dans le désert, Crédit : Jcomeau ictx

Addendum du 3 mai 2016 :

Rosemary et Peter Grant travaillent depuis une quarantaine d’années sur les pinsons de l’archipel des Galapagos.
Leur dernière étude sur deux espèces de l’île Daphné Major a apporté des informations très concrètes sur l’efficacité de la sélection naturelle et la rapidité avec laquelle elle peut opérer sur une population qui se trouve dans des conditions extrêmes.
L’une des deux espèces, Geospiza magnirostris, possède un très gros bec qui lui permet de se nourrir de grosses graines. L’autre, Geospiza fortis, a un bec de taille moyenne, mais assez variable d’un individu à l’autre. Ces oiseaux se nourrissent de graines plus ou moins grosses selon la taille de leur bec. Lors d’une forte sécheresse en 2004-2005, la quantité de graines disponibles devint limitante. Ceux des G. fortis qui avaient un bec plutôt gros, pouvant donc manger d’assez grosses graines, se trouvèrent en compétition avec les G. magnirostris et furent fortement désavantagés par rapport à leurs congénères à plus petit bec. A la fin de la sécheresse, sur 71 individus G. fortis étudiés, 34 étaient morts, majoritairement ceux qui avaient le plus gros bec. C’est ce que les évolutionnistes appellent le « déplacement d’un caractère écologique ». Il aboutit à réduire la compétition pour des ressources limitées dans un écosystème et peut constituer l’amorce d’un processus de spéciation.
Ce travail sur le terrain a été complété par une analyse génomique par séquençage (publiée dans la revue Science le 22 avril 2016). Elle a mis en évidence la forte influence d’un gène majeur, dénommé HMGA2 (pour high mobility group AT-hook 2), sur la taille du bec chez les 13 espèces de pinsons des Galapagos. Dans la population de G. fortis étudiée, ce gène est présent en deux variants (allèles), l’allèle S (small) donnant un bec plus petit que l’allèle L (large). Les hétérozygotes L/S ont un bec de taille intermédiaire par rapport aux homozygotes L/L et S/S. Comme on pouvait s’y attendre, l’allèle S a été retrouvé à une fréquence de 61 % chez les G. fortis survivants et seulement 37 % chez G. fortis morts. Une pression de sélection très forte avait donc joué en sa faveur.
Non seulement ces résultats sont une illustration très spectaculaire du processus évolutif darwinien, mais ils montrent aussi qu’un seul gène peut jouer un rôle majeur dans ce type de processus.

Geospiza magnirostris C. Peter Wilson

Geospiza magnirostris
C. Peter Wilson

Geospiza fortis C. Charlesharp

Geospiza fortis
C. Charlesharp

10 réflexions au sujet de « L’évolution biologique entre science et croyances »

  1. Lamarck « postulait une influence directe du milieu »: c’est faux.

    Lamarck à créé la biologie, car il s’est attaché à comprendre la dynamique interne propre aux êtres vivant, dynamique qui a pour conséquence l’évolution des espèces, c’est-à-dire la complexification de l’organisation et la diversification des formes.

    On ne trouvera rien de tel chez Darwin.

    Lisez donc André Pichot, Histoire de la notion de vie, les chapitres sur Lamarck et Darwin…

  2. Le problème des théories évolutionnistes, c’est qu’elles prétendent décrire les raisons de l’émergence de l’espèce humaine alors qu’elles ne font qu’éventuellement expliquer l’émergence de l’Homo Sapiens en tant que primate.

    Et combien même, dans les théories darwinistes, rien ne différencie l’homme de l’animal, et c’est pour ça que c’est une discipline aussi utile que la philosophie Nietzschéene comme outil politique, sauf qu’on ne parlera plus de fascisme mais d’eugénisme.

    • Une raison dans un mécanisme explicatif … on frôle la téléologie ! C’est pas bon signe pour un début : aucune prétention dans un mécanisme au mieux la trouverait-on dans les personnes qui l’appliquent mais elles feraient là un mésusage de l’outil qu’on leur donne (un peu comme rejeter la faute à un outil et pas à son utilisateur : oh wait … on y reviendra plus tard)

      Et pourquoi diable limiter une théorie concernant l’ensemble du vivant à l’Homme ? Surtout pour lui prêter l’intention de faire … ça !
      Notre espèce humaine (homo sapiens) est un primate, nos ancêtre directs (en tant qu’espèce) étaient aussi des primates : nul émergence dans le lot.

      Et non ce n’est pas la théorie de l’évolution qui ne fait pas de distinction entre l’Homme et les autres animaux mais l’ensemble des disciplines biologiques sauf une : la systématique … non pas pour exclure l’Homme du « règne » animal mais pour définir ses caractéristiques biologiques propre à son espèce.
      Y chercher ensuite une quelconque caution scientifique à des choix moraux pré-établit : ce n’est ni une théorie ni de la science mais du scientisme … bref un HS.

      Accessoirement, avec mon minimum de culture scientifique je sais au moins que Darwin dans « L’origine des espèces » ne se consacrait pas qu’à l’espèce humaine et qu’il faudra attendre « La filiation de l’Homme » (1872) pour rentrer dans le vif de votre sujet : l’Homme.
      Ca tombe bien en l’ayant lu vous auriez pu constater à quel point il était méfiant et contre l’utilisation de sa théorie pour cautionner un darwinisme social et l’eugénisme car :
      1) Sa théorie ne dit pas ça et se limite à la méthode scientifique.
      2) Darwin avait l’intelligence et le génie de comprendre ce qu’est la Science est qu’il ne fallait donc pas s’en servir pour cautionner des choix moraux.
      Croire que le Darwinisme c’est de l’eugénisme c’est ne rien avoir compris à cette théorie (pour rester poli) et pas besoin d’être un exégète du sujet. Je renvoie à Darwin (La filiation de l’Homme …) , S.J Gould (Quand les poules auront des dents) et Patrick Tort (Spencer et l’évolutionnisme scientifique) pour vérifier, développer voire comprendre.

      Bref rejeter la faute sur la théorie de l’évolution et non sur Galton, Spencer et d’une multitude de néfastes historiques c’est un raccourci moisie.
      Au passage une mauvaise utilisation d’une théorie dans un domaine qui n’est pas de sa compétence n’invalide pas la dite théorie.

    • et pourquoi s’arrêteraient-elle à Homo Sapiens et ne continueraient-elles pas jusqu’à « nous » et au-delà.

      Je ne suis pas sûr de suivre raisonnement dans la deuxième partie de votre commentaire…
      (*quand bien même, pas combien même 😉

    • Vous avez tout à fait raison.

      Une théorie évolutionniste est inutile. Elle n’a aucune vocation à être pratique à priori, et lui prêter des intentions pour justifier des actes et des idées dont elle pourrait justement réfuter la rationalité est une aberration.
      L’article cite justement le darwinisme social, qui si j’ai bien compris devrait plutôt s’appeler « Lamarckisme social », plus en accord cette théorie qui implique une volonté, un dessein.

      Les théories évolutionnistes ne « prétendent » pas non plus à atteindre la compréhension de « raisons ». La aussi il y aurait une volonté. « Pourquoi l’homme existe ? » ou « Pourquoi l’évolution ? » ne peuvent pas être des questionnements scientifiques. Cela relève de l’existence de prémisses non questionnés, comme la présence d’une volonté derrière chaque manifestation biologique.

      Et pourquoi l’évolutionnisme – si tant est qu’il existe un courant évolutionniste – aurait-il à différencier l’homme de l’animal ? L’homme est un animal selon la classification actuelle dépourvue de toute idée religieuse, philosophique ou morale. Effectivement l’homme possède des caractères dérivés propres, inhérents à son espèce. Comme toute espèce ! Si l’on accepte les critères de différenciation des espèces, l’homme est effectivement une espèce différente de toutes les espèces, animales ou végétales… ce qui est aussi le cas de toutes les espèces animales ou végétales.

      Alors oui, la théorie, le fondamental, c’est toujours inutile en soi. C’est pour faire joli dans les revues spécialisées et frimer devant les potos en soirées. Quel que soit le domaine dans lequel on va vouloir en tirer de l’utile (Houla je me mouille avec ce mot…) il faut se demander si l’on a bien compris la théorie et si elle est effectivement applicable dans le cas présent. Ainsi on peut faire de la philosophie à partir de biologie, le contraire est je pense extrêmement difficile, je n’ai même aucun exemple là tout de suite…

      Vous pouvez très bien différencier l’homme (ou l’Homme ?) de l’animal selon d’autres critères, mais alors il faut savoir dans quel domaine on se situe. Merci de ce bel exemple qu’est l’eugénisme, un fameux fumeux cocktail de disciplines fallacieusement mélangées.

  3. Bonjour,

    merci pour cet article. Une question: ne pensez-vous pas que l’épigénétique peut « réhabiliter » la thèse de Lamarck sur l’influence de l’environnement?

    • Ma réponse à votre question est déjà publiée dans un texte qui m’a été demandé par l’Encyclopédie de l’environnement dont je parle dans le dernier billet de ce blog. C’est le texte qui s’intitule : « Répondre aux défis de l’environnement » à l’adresse suivante :
      http://www.encyclopedie-environnement.org/vivant/interactions-adaptation-entre-vivant-environnement/
      Voici une copie de la fin de ce texte qui répond à votre question : « A propos de cette mémoire épigénétique, certains auteurs de vulgarisation et même certains scientifiques, parlent de retour au lamarckisme (voire au lyssenkisme !). C’est inapproprié car les changements épigénétiques sont réversibles, ils ne peuvent permettre qu’une adaptation temporaire à des stress. Ne reposant pas sur des changements de l’ADN, ils ne modifient pas la structure génétique de la lignée concernée et un processus de spéciation est donc exclu. Par contre, bien que l’on manque encore d’études sur ce sujet, on peut aisément imaginer que ce type de mémoire transgénérationnelle est complémentaire du processus darwinien. Il permettra à des individus soumis à des stress environnementaux de survivre et de se reproduire en transmettant la protection à leurs descendants. Si le stress disparaît, la réponse s’estompe et la population reprend sa vie antérieure ; s’il persiste, cette réponse permet à la population de se maintenir et lui laisse le temps de s’adapter par le processus darwinien. Le fait que les mécanismes de variation du génome soient stimulés pendant quelques générations facilitera cette adaptation par accroissement de la variabilité génétique.

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