OGM et dérives médiatiques : une apothéose !

Des additifs, à partir du 17 octobre 2012, se trouvent en fin de texte.

Depuis le jeudi 20 septembre, personne n’a pu échapper à l’incroyable ramdam médiatique qui a accompagné la publication d’une étude du laboratoire de Gilles-Eric Séralini, de l’université de Caen. Ce travail concerne un maïs OGM, qui se serait avéré très toxique chez les rats lors de tests à long terme ( deux ans ). Le Nouvel Observateur du 20 septembre a publié un dossier titré : « Oui, les OGM sont des poisons » et son contenu a été relayé par pratiquement tous les media, journaux et radio, sans aucune précaution et avec une surenchère de titres plus accrocheurs et plus passionnels les uns que les autres. Lire la suite

« OGM cachés » : des relents idéologiques alarmants

Le dernière trouvaille des « faucheurs volontaires » d’OGM, qu’ils dénomment  « OGM cachés » ou « OGM clandestins », est tout simplement effarante pour tout généticien, surtout spécialisé, comme c’est mon cas, dans l’étude des mécanismes de variabilité génétique. Devant un tel délire, se taire ne serait pas honnête, d’autant plus que l’idéologie sous-jacente est loin d’être neutre, à plusieurs titres.

Concrètement, de quoi s’agit-il ? Plusieurs arrachages ont été commis, notamment en juillet 2010 et juillet 2011, en Indre et Loire et à Feyzin dans le Rhône. Ils visaient deux variétés de tournesol.  Lire la suite

Les activistes de l’antiscience

L’article de ce blog « OGM : fantasmes et réalités », écrit pour l’essentiel en 2008, manifeste des inquiétudes, largement partagées dans la communauté scientifique, toutes disciplines confondues, sur la montée en puissance des courants antiscience. L’arrachage, à deux reprises, de vignes faisant l’objet d’expérimentations au centre de Colmar de l’Institut National de Recherche Agronomique ( INRA ), un organisme public, confirme malheureusement le bien fondé de ces craintes.

Mon propos ici est de faire ressortir ce qui me parait être la véritable signification idéologique de cette affaire, dans un contexte où se manifeste une inquiétante dérive du courant anti-OGM le plus extrémiste. Nous y reviendrons d’ailleurs dans un autre article, sur les soi-disant « OGM cachés ». Lire la suite

OGM : fantasmes et réalités

Texte publié en  2008 sur le blog « Sous les toits » et sur Agoravox.
Révisé régulièrement depuis 2014, principalement sur les aspects socio-économiques.

Depuis les années 90, une controverse aussi vive que confuse rend incompréhensible la question des OGM pour le grand public. Ce qui n’était au départ qu’un simple débat a pris des allures de violente polémique, sur un fond de désinformation abyssale. On en est maintenant à un mélange de passionnel et de manipulation politique et mercantile. Plus grave : on  assiste même à des dérives antiscience violentes, fortement connotées d’obscurantisme, qui sont traitées dans d’autres articles de ce blog.
Si l’on veut tenter de replacer le débat dans un cadre rationnel, à l’intention de ceux qui souhaitent sincèrement s’informer, il faut commencer par dissocier deux aspects très différents de la question, l’un relevant du domaine scientifique, l’autre de questionnements socio-économiques et éthiques.
1) L’aspect scientifique comporte lui-même deux volets. L’un relève directement de la génétique : les OGM représentent-ils quelque chose de radicalement nouveau dans le monde vivant ? L’autre concerne leurs risques et avantages éventuels.
2) L’aspect socio-économique porte sur le problème des brevets sur le vivant, dont nous verrons qu’il concerne tout autant, sinon plus, la médecine que l’agronomie.
Ces deux aspects, scientifique et socio-économique, sont constamment amalgamés dans le débat public, parfois par simple confusion, souvent par volonté délibérée. Il est d’ailleurs regrettable que cet amalgame soit aussi entretenu par certains scientifiques qui, ne sachant pas (ou ne voulant pas) faire la part de la science et du militantisme politique, au mépris des fondements même de la démarche scientifique, contribuent délibérément à brouiller les cartes. Lire la suite

L’héritage de Darwin et ses dévoiements. Le grand retour du «darwinisme social »

Retouché en 2014

Pour le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin, en 2009, on a beaucoup parlé de la théorie de l’évolution et des conflits passionnés qu’elle a suscités, et suscite toujours, avec les religions. On a beaucoup moins évoqué les détournements idéologiques de la pensée de Darwin, dont un au moins, dénommé abusivement depuis 1880 « darwinisme social » a, lui aussi, déclenché de vives polémiques dès la fin du XIXe siècle. Si le premier débat est toujours très actuel, suite au regain des intégrismes religieux et des courants antiscience, le second ne l’est pas moins, mais de façon plus insidieuse. Depuis les années 1980, il imprègne tout le discours de l’idéologie dominante.
Je me propose ici de résumer quelques éléments de réflexion pour aider à mieux cerner les enjeux majeurs de ces débats autour du darwinisme

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Pourquoi ce blog ?

Il est extrêmement désagréable, quand on a consacré sa vie professionnelle à la recherche et à l’enseignement scientifiques de se sentir en permanence, dans la vie courante et sur des sujets que l’on connaît bien, soumis à un déluge de croyances et d’allégations extravagantes, voire franchement malhonnêtes. Croyances et réalités ne font pas toujours bon ménage, il y a un fossé entre les deux, parfois même un abîme. La Terre n’est pas plate et le soleil ne tourne pas autour (comme certains persistent à le croire ), iI faut s’y faire !

Sur certains sujets ‘chauds’, la désinformation peut atteindre des niveaux  impressionnants. Elle est souvent le fait d’organisations ou associations qui en ont fait leur fond de commerce. Comme ces sujets sont très médiatisées, elles sont aidées par quelques personnages, pseudo-scientifiques mais vrais charlatans, qui trouvent là une occasion inespérée de faire parler d’eux, voire de gagner de l’argent, et achèvent de semer la confusion dans les esprits. Le plus grave, c’est que ces organisations et individus ont l’oreille des média qui, soumis à des exigences commerciales, font très volontiers écho aux idées les plus alarmantes. Jouer sur l’émotionnel en alimentant les peurs les plus fantasmatiques, profondément enfouies dans nos inconscients, est beaucoup plus vendeur que de faire appel aux connaissances qui relèvent de la raison.  C’est encore plus inquiétant quand des média publics à vocation culturelle, comme ARTE, France 2 ou France 5, jouent à ce lamentable petit jeu.

Au milieu de ce brouillage médiatique, il est très difficile (voire même impossible sur certains sujets) aux chercheurs compétents et honnêtes de se faire entendre et les citoyens qui veulent vraiment chercher à comprendre sont dans l’incapacité de démêler le vrai du faux. Au delà de ce rapport à la science, complètement faussé, c’est toute la question de la possibilité même d’une démocratie véritable qui est posée. Elle se pose avec d’autant plus d’acuité que tout un courant antiscience va se développant (le regain des idées créationnistes en est un des symptômes les plus flagrants, mais il n’est, hélas, pas le seul !). C’est très inquiétant car une authentique démarche scientifique est notre seul rempart contre toutes les croyances et les superstitions et celles-ci, outre qu’elles sont vaines et mentalement aliénantes, sont susceptibles des pires dérives. Un seul exemple parmi tant d’autres : la croyance encore très répandue, et instrumentalisée par des politiciens sans scrupules, de l’inégalité des « races » humaines, à l’origine des crimes que l’on sait au cours de l’Histoire et dont la génétique a montré l’inanité.

Le but de ce blog est de donner des éléments de réflexion à ceux qui en ressentent sincèrement le besoin, surtout sur des sujets très médiatisés. Il ne faudra donc pas s’étonner d’y trouver des données et des idées complètement à contre-courant du discours ambiant. Dans la logique de ce qui précède, on ne trouvera ici que des articles qui gravitent autour de la discipline que j’estime bien connaître : la Génétique. Les textes seront souvent un peu longs mais si l’expérience montre que si l’on peut faire de l’information sérieuse à l’usage de tous, elle montre aussi qu’on ne peut la faire avec un lance-pierre. A chacun de choisir.