OGM : fantasmes et réalités

Texte publié en  2008 sur le blog « Sous les toits » et sur Agoravox.
Révisé régulièrement depuis 2014, principalement sur les aspects socio-économiques.

Depuis les années 90, une controverse aussi vive que confuse rend incompréhensible la question des OGM pour le grand public. Ce qui n’était au départ qu’un simple débat a pris des allures de violente polémique, sur un fond de désinformation abyssale. On en est maintenant à un mélange de passionnel et de manipulation politique et mercantile. Plus grave : on  assiste même à des dérives antiscience violentes, fortement connotées d’obscurantisme, qui sont traitées dans d’autres articles de ce blog.
Si l’on veut tenter de replacer le débat dans un cadre rationnel, à l’intention de ceux qui souhaitent sincèrement s’informer, il faut commencer par dissocier deux aspects très différents de la question, l’un relevant du domaine scientifique, l’autre de questionnements socio-économiques et éthiques.
1) L’aspect scientifique comporte lui-même deux volets. L’un relève directement de la génétique : les OGM représentent-ils quelque chose de radicalement nouveau dans le monde vivant ? L’autre concerne leurs risques et avantages éventuels.
2) L’aspect socio-économique porte sur le problème des brevets sur le vivant, dont nous verrons qu’il concerne tout autant, sinon plus, la médecine que l’agronomie.
Ces deux aspects, scientifique et socio-économique, sont constamment amalgamés dans le débat public, parfois par simple confusion, souvent par volonté délibérée. Il est d’ailleurs regrettable que cet amalgame soit aussi entretenu par certains scientifiques qui, ne sachant pas (ou ne voulant pas) faire la part de la science et du militantisme politique, au mépris des fondements même de la démarche scientifique, contribuent délibérément à brouiller les cartes.

Qu’est-ce qu’un OGM ?

Le sigle OGM signifie « Organisme Génétiquement Modifié ». On entend par là un type de modification qui consiste à insérer, dans les chromosomes d’organismes vivants, une molécule d’ADN d’une autre espèce. Cette opération est possible grâce à des enzymes qui permettent de couper et de ligaturer des filaments d’ADN. La molécule insérée peut soit correspondre à un ou plusieurs gènes qui apportent de nouvelles fonctions à l’hôte soit, au contraire, aller bloquer le fonctionnement d’un gène et supprimer une fonction indésirable. Cette opération entre dans le cadre du génie génétique, on parle de transgenèse. L’organisme ainsi modifié est dit transgénique. Le ou les gènes transférés peuvent provenir d’un autre individu de la même espèce, d’une autre espèce ou même d’un autre type d’organisme. Ainsi un gène de bactérie peut être transféré dans un animal ou dans une plante et réciproquement[1].

En fait, l’expression « génétiquement modifié » a été très mal choisie, elle est extrêmement imprécise. Prise au pied de la lettre, elle laisse croire qu’elle concerne toutes les modifications des génomes, même les plus classiques telles que les mutations spontanées ou expérimentalement provoquées. Ce qui, pour les plantes, inclurait toutes les modifications génétiques accumulées depuis les origines de l’agriculture, il y a au moins 10000 ans ! En fait elle est, depuis le début, utilisée exclusivement pour désigner les modifications introduites par transgenèse expérimentale, donc l’introduction par des chercheurs d’un ADN étranger dans le génome d’une espèce, mais là encore, il reste de fortes ambiguïtés que nous ne pouvons développer ici – voir le cas du blé Renan. Pour désigner les plantes génétiquement modifiées, on utilise le sigle PGM.

Avant de disposer de cette technologie, comment procédaient les agriculteurs et les chercheurs pour augmenter les qualités agronomiques des plantes cultivées ? La première méthode, certainement utilisée dés les débuts de l’agriculture, est une sélection très empirique : dans un champ, on choisit les plants qui présentent la meilleure qualité, résultat de mutagenèse spontanée, et on s’en sert pour obtenir les semences qui donneront la génération suivante. Depuis le début du XXe siècle on utilise des méthodes plus sophistiquées : par exemple la mutagenèse expérimentale avec des agents mutagènes chimiques ou physiques pour augmenter la variabilité génétique ; ou des croisements entre variétés ou espèces voisines pour introduire des gènes intéressants ( de résistance aux maladies par exemple ). Cette dernière méthode était la plus utilisée jusqu’à ces dernières années. Il s’agit donc bien de créer des plantes ayant subi des modifications génétiques, mais avec des méthodes traditionnelles.
Pour un chercheur en amélioration des plantes la transgenèse expérimentale présente en gros deux avantages :
1) elle est  beaucoup plus précise et plus rapide que les techniques antérieures (on peut en effet introduire un seul gène dans un génome au lieu de centaines, plus ou moins au hasard, comme c’est le cas par la méthode des croisements) et elle nécessite beaucoup moins de générations que ces dernières.
2) on peut transférer des gènes entre organismes très différents, par exemple d’une bactérie vers une plante, ce qui est évidemment impossible par croisement.
La transgenèse et les techniques traditionnelles de croisement ne s’excluent pas du tout ; elles sont même très complémentaires dans la réalité.

Profitons de cette rapide description pour tordre le cou à une idée très répandue mais fausse. La technologie de la transgenèse, en elle-même, n’implique absolument pas la stérilité des plantes transgéniques. Cette idée s’est répandue depuis 1998 suite à la tentative d’une compagnie de biotechnologie d’introduire dans une PGM un transgène qui la rendrait stérile. Tentative qui a été abandonnée.

L’Homme et la Nature

Les principales inquiétudes exprimées sur les plantes transgéniques sont liées à la technologie elle-même, qui est perçue comme radicalement différente des méthodes traditionnelles. On lui oppose deux grandes objections.

La première objection est qu’elle ne respecte pas la « barrière d’espèce » puisqu’elle permet des échanges génétiques entre espèces différentes. les chercheurs transgresseraient ainsi une loi fondamentale de la nature, une sorte de tabou immanent au monde vivant. C’est typiquement le mythe de l’apprenti sorcier ou du savant fou, qui est à la base d’une hostilité de principe aux PGM pour beaucoup de gens.
Cette objection résulte d’une tendance ancestrale à la sacralisation du « naturel », assez  largement répandue, qui va de pair avec la croyance que « c’est naturel donc c’est bon ». Sous-entendu : ce que fait l’homme est artificiel donc mauvais. Il s’agit là, purement et simplement, de superstition. En effet, dans cette logique, il faut alors convenir qu’il n’y a jamais eu grand-chose de bon pour les humains depuis les temps lointains où ils se sont mis à tailler des pierres pour faire des outils. Est-il naturel d’habiter dans des maisons et d’utiliser l’électricité ou la voiture ? Cette sacralisation du naturel va de pair avec le vieux mythe de la « Mère Nature », qui est peut-être très poétique, mais pas du tout réaliste. Les actes de férocité et les poisons abondent dans le monde vivant.
Cette inquiétude sur le tabou de la « barrière d’espèce » n’est pas nouvelle, elle avait été émise et débattue par les chercheurs eux-mêmes dès que les techniques de génie génétique ont été mises au point et utilisées comme outils de recherche en laboratoire. Elle avait même conduit, lors du colloque scientifique d’Asilomar, en 1975, à décider d’un moratoire de près de 2 ans sur ce type d’expérience.

Depuis cette époque, la génétique nous a appris beaucoup de choses, notamment que les transferts de gènes inter-spécifiques existent bel et bien dans la nature. Ce processus est appelé « transfert horizontal », par opposition au transfert vertical, celui qui se fait d’une génération à l’autre à travers la reproduction sexuée. Sa fréquence est faible, mais vu la durée de l’évolution biologique, son accumulation au fil des âges a pu être considérable. Avec les progrès des techniques de séquençage des génomes, on a pu mettre en évidence des quantités de cas de transfert horizontal, notamment chez les végétaux ainsi qu’entre végétaux et bactéries. Des résultats très récents – janvier 2014 – d’une équipe française sur des champignons intervenant en fromagerie, semblent même indiquer que ces transferts horizontaux pourraient être fréquents et massifs ( plus de 200 gènes à la fois ) chez ces organismes, au moins entre espèces voisines.
C’est maintenant un fait bien acquis, tous les êtres vivants de notre planète sont le résultat d’une évolution de plus de 3,5 milliards d’années où se sont produits des échanges génétiques de toutes sortes entre espèces et entre organismes très différents. Ceux qui apportaient une innovation avantageuse à l’organisme receveur ont été favorisés par le jeu de la sélection naturelle et se sont perpétués au fil des temps géologiques. Actuellement, la question est de savoir quel a été l’impact de ces transferts sur le déroulement du processus évolutif : secondaire ou déterminant ? De plus en plus de données scientifiques donnent à penser qu’ils ont pu apporter des innovations décisives au cours de l’évolution ( voir par exemple l’article de ce blog : « Les surprises de l’évolution : des virus parmi nos ancêtres ?«  ).

Mais la transgenèse naturelle ( ou spontanée ) ne se produit pas uniquement de façon fortuite au cours des âges géologiques. Pour certains organismes, elle fait partie intégrante de leur mode de vie.
– Chez les bactéries, elle est monnaie courante et permet le transfert, entre espèces très différentes, des gènes de résistance aux antibiotiques. Ce qui pose de sérieux problèmes médicaux, comme chacun sait.
– Certaines espèces bactériennes vont systématiquement insérer un petit groupe de leurs gènes, porté par un élément mobile ( voir note 2 ), dans les chromosomes des plantes qu’elles infectent, amenant celles-ci à synthétiser des produits dont elles se nourrissent. Le mécanisme de cette transgenèse spontanée est d’ailleurs utilisé par les chercheurs pour faire des PGM.
– Pour certaines familles de virus, dont les « rétrovirus » ( le plus connu du grand public est le VIH, virus du SIDA, mais beaucoup d’autres existent qui ne sont pas forcément pathogènes ), l’insertion de leur génome dans les chromosomes de l’organisme infecté est une étape obligatoire de leur reproduction. C’est là aussi une transgenèse tout à fait spontanée. Des dérivés de ces virus ont été les premiers outils utilisés pour les essais de thérapie génique.

Mais les manipulations génétiques opérées par ces virus ne s’arrêtent pas là ! Une fois inséré dans un chromosome, le génome du rétrovirus peut se reproduire. Il peut alors arriver qu’un génome ’fils’ incorpore accidentellement un gène de la cellule hôte ; il est, à son tour, devenu  transgénique. Lorsqu’il infectera des cellules d’un nouvel hôte, il apportera avec lui ce gène qui se retrouvera alors en surnombre dans le génome. Si le rôle normal du gène en question est de contrôler la reproduction des cellules ( on appelle ces gènes des « oncogènes » ou gènes Onc ), ce surnombre pourra alors déréguler les divisions cellulaires et aboutir à une tumeur. On a donc là une double transgenèse, du virus et de l’hôte. C’est par ce mécanisme qu’un certain nombre de rétrovirus d’oiseaux et de mammifères sont devenus cancérogènes. Ces virus transgéniques portant des gènes Onc ont été favorisés par la sélection naturelle, tout simplement parce que la multiplication anarchique des cellules qu’ils infectent leur permet de se multiplier eux aussi plus abondamment. Et tant pis pour leurs hôtes qui se retrouveront avec des tumeurs cancéreuses ! Une telle manipulation serait absolument interdite en laboratoire, même dans les conditions de sécurité les plus draconiennes. La transgenèse spontanée est du génie génétique « sauvage », personne n’en contrôle ni le mécanisme, ni les effets. Seuls jouent le hasard et la sélection naturelle qui ne connaissent, ni l’un ni l’autre, le principe de précaution ( heureusement d’ailleurs, sinon les êtres vivants n’aurait jamais pu apparaître ! ).

Bref, tous les organismes du monde vivant, depuis les virus jusqu’à l’homme, sont le siège de génie génétique naturel. En d’autres termes, nous sommes tous des OGM, comme tous les autres êtres vivants. Ce fut d’ailleurs une grande surprise pour les généticiens de découvrir, depuis la fin des années 70, que les génomes sont capables d’une grande plasticité. Cette découverte a conduit à une véritable rupture conceptuelle avec la vision fixiste des génomes héritée de la première moitié du XXe siècle. « L’œuvre d’apprenti sorcier » n’est donc qu’une utilisation par les humains de mécanismes aussi anciens que le monde vivant.  Précautions en plus !

La seconde objection faite à la transgenèse est que cette technologie est, en partie, aléatoire. L’insertion sur les chromosomes du gène transféré se faisant au hasard peut perturber le fonctionnement d’autres gènes. C’est vrai, mais pas vraiment gênant chez les plantes car on peut faire tous les contrôles nécessaires, sanitaires, écologiques et autres, sur une nouvelle variété avant de l’utiliser en agriculture. Ce qui n’est jamais dit par contre, et qui est pourtant connu depuis plus de 40 ans, c’est qu’un simple croisement entre variétés d’une même espèce, peut parfois déclencher des perturbations génétiques bien plus importantes[2], comme des cassures et des pertes de chromosomes avec, bien sûr, des conséquences imprévisibles et souvent létales. Plusieurs études récentes ont d’ailleurs montré qu’il y a beaucoup plus de différences dans la composition biochimique ( protéines et métabolites ) entre des hybrides issus d’un croisement conventionnel et leurs deux lignées parentales qu’entre une PGM et sa lignée d’origine non PGM. Mieux encore, il y a aussi plus de différences entre des plantes de la même variété cultivées dans des environnements différents.

Enfin, il faut savoir qu’il se produit spontanément dans la nature des transferts génétiques bien plus conséquents que la simple transgenèse. Beaucoup de plantes, sauvages ou cultivées, sont nées de l’addition des génomes de deux ou trois espèces différentes, bien qu’assez proches. Dans ces cas-là, ce ne sont pas 2 ou 3 gènes d’une espèce qui sont transférés dans une autre, mais tous les chromosomes, c’est à dire des milliers de gènes. C’est le cas par exemple du blé et du colza. Le blé tendre cumule les génomes de trois espèces différentes. Le colza cumule les génomes du chou et du navet. Ces « fusions génomiques » se sont produites spontanément il y a des milliers d’années. L’homme n’y est pour rien, il a simplement choisi de cultiver ces espèces parce qu’elles présentaient un intérêt alimentaire. Là encore, la nature a franchi allègrement la barrière d’espèce. Les chercheurs savent, depuis le début du XXe siècle, reproduire ce type de phénomène pour créer de nouvelles espèces d’intérêt agronomique, par exemple le Triticale qui cumule les trois génomes du blé tendre plus celui du seigle ( d’où son nom qui est la contraction de Triticum – le blé – et de Secale – le seigle – ).

L’utilisation médicale des OGM montre bien que privilégier le naturel par rapport aux productions humaines est irrationnel. Depuis plus de 25 ans, on fait synthétiser par des micro-organismes transgéniques, bactéries ou levures, des molécules à usage médical. On dispose ainsi d’une insuline très pure, de facteurs de coagulation sanguine, d’un vaccin contre l’hépatite B et de l’hormone de croissance. Cette dernière est un très bon exemple. Jusqu’à la fin des années 80, les enfants atteints de nanisme étaient traités par des hormones préparées à partir d’hypophyses humaines prélevées post-mortem. On a ainsi transmis à certains d’entre eux la maladie de Creutzfeldt-Jakob, l’équivalent humain de la vache folle. En 2011, 120 décès étaient enregistrés en France ( chiffre non définitif car cette maladie est à évolution très lente ). Depuis 1988, dans tous les pays, on traite ces enfants par de l’hormone produite par génie génétique, beaucoup plus sûre.  La situation est analogue pour les facteurs de coagulation, qui évitent maintenant aux hémophiles des transfusions risquées. Ces micro-organismes génétiquement modifiés constituent donc un progrès médical incontestable même s’il est limité, car il n’est pas possible de produire n’importe quelle protéine humaine par cette voie. L’utilisation de ces OGM «médicaux» est d’ailleurs bien acceptée par l’opinion.

Les risques et avantages possibles sur les plans écologiques et sanitaires.

La controverse sur les risques biologiques des plantes transgéniques est un sujet complexe, d’autant plus que les risques et avantages doivent être discutés au cas par cas, chaque PGM étant particulier.
Contrairement à des affirmations très répandues, ces questions font l’objet, depuis une dizaine d’années, de multiples recherches dans le monde. On pouvait recenser en 2008, près de 8000 publications scientifiques et rapports d’organismes officiels sur les impacts agronomiques, écologiques et sanitaires des plantes transgéniques et 30000 en 2014 [ Documentation réunie et analysée par Jean-Baptiste Bergé, directeur de recherche honoraire de l’INRA (décédé en 2011) et Agnès Ricroch maître de conférences à AgroParisTech. – BergeRicrochGMLibrary – site en construction ]. Nous nous limiterons aux risques les plus souvent invoqués en signalant au passage quelques avantages parmi les mieux étudiés[3]. Nous laisserons de côté certaines craintes trop fantasmatiques[4]. Il ne faudra pas s’étonner de trouver ici des éléments de réflexion ou d’information qui n’apparaissent jamais dans la plupart des média. L’information scientifique objective n’a pas grand chose à voir avec leurs priorités.

D’abord une remarque d’ordre général. Dans toutes les activités humaines, un risque n’est jamais considéré isolément mais toujours en balance avec les avantages. C’est parce que les consommateurs en France ne voient pas bien quels avantages les plantes transgéniques leur apporteront qu’ils sont aussi sensibles aux risques éventuels. On admet sans problème de risquer sa vie en voiture parce qu’il est devenu difficile de se passer de véhicule. De même, certains qui sont opposés aux PGM donneront de l’argent au Téléthon pour développer les recherches sur les thérapies géniques, en espérant accélérer la guérison de maladies génétiques. Pourtant la thérapie génique consiste à faire de la transgenèse sur des cellules somatiques humaines ( c’est à dire toutes les cellules de notre corps, à l’exception des cellules reproductrices ) ! Exemple d’autant plus paradoxal que du côté des généticiens, les positions sont inverses. La très grande majorité d’entre eux ne voit pas d’objections de principe aux PGM, mais ils sont nombreux à être très réservés sur les thérapies géniques. Les essais de thérapies géniques conduits depuis 25 ans dans le monde ont en effet entraîné un grand nombre de complications médicales, y compris des décès et très peu de succès. Mais revenons aux PGM. Les risques qui leur sont attribués sont en gros de deux ordres : risques pour la santé et risques pour l’environnement et l’agriculture, disons « écologiques », au sens large du terme.

Les risques sanitaires invoqués portent sur la toxicité ou les allergies.
Pour ce qui est des allergies, elles sont largement imprévisibles. Des précautions sont prises avec les PGM, à partir d’analyses biochimiques, mais aucune ne permet de supprimer tous les risques d’allergie possibles. Certaines personnes sont allergiques aux fraises, aux kiwis, aux litchis, à certains pollens ou à toutes sortes d’autres choses, les PGM ne constituent en aucune façon un cas à part.
Quant au risque de toxicité, il doit être évalué au cas par cas ; c’est le rôle des instances scientifiques spécialisées dont nous parlerons plus loin. Pour un bon résumé de l’état actuel des connaissances, citons Gérard PASCAL, directeur de recherche honoraire à l’INRA, spécialiste mondialement reconnu en nutrition et toxicité alimentaire : « Aucun risque avéré des PGM mises en culture – ou dont une demande d’autorisation de mise sur le marché a été déposée – n’a pu être révélé à ce jour par une quelconque étude scientifique réalisée selon un protocole reconnu au niveau international. Nous ne prétendons pas que le risque de ces plantes est nul mais il semble que le risque sanitaire qu’elles représentent n’est pas plus important que pour les aliments courants » ( déclaration faite en 2008 et toujours valable en 2014 ).

Le maïs Bt nous fournit même des informations qui vont à l’inverse des craintes exprimées. Cette plante transgénique a reçu un gène, venant de la bactérie Bacillus thurengiensis, qui lui permet de produire une protéine ( dite Bt ) tuant certains insectes, en particulier la pyrale et la sésamie, principaux ravageurs du maïs en Europe et aux USA. Cette protéine est une variante d’une autre Bt, déjà utilisée depuis plus de 30 ans comme insecticide en agriculture biologique. Comme cette dernière, elle n’est pas toxique et très rapidement détruite par la cuisson et la digestion. Ces plants de maïs Bt produisent donc un insecticide. [ Remarquons que, là encore, l’homme n’a rien inventé, de nombreuses plantes fabriquent naturellement des insecticides ( dont la nicotine et la caféine soit dit en passant pour les amateurs de cigarettes et de café ! ). Certains, comme le pyrèthre, sont autorisés en agriculture biologique ].
Les galeries creusées dans les tiges par la chenille mineuse de la pyrale ou de la sésamie favorisent le développement de moisissures du type Aspergillus et Fusarium qui produisent des mycotoxines très toxiques. Les Fusarium par exemple produisent des fumonisines très dangereuses pour tous les animaux d’élevage et pour l’homme, elles portent atteinte au système nerveux, au système immunitaire et sont cancérogènes, sont résistantes à la digestion et à la cuisson et se retrouvent non seulement dans la viande mais aussi dans le lait et les œufs. La résistance à ces insectes induite par la protéine Bt, diminue ipso facto l’infection par ces moisissures. Dés 1997, des recherches ont montré une nette diminution de la quantité de fumonisines chez les maïs Bt, par rapport aux maïs non transgéniques. Une expérience réalisée en 2006 en France a montré que cette diminution pouvait aller jusqu’à 90%. En 2004 déjà, un rapport de  l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments ( AFSSA ) concluait à ce sujet : « Indubitablement, ce fait constitue un point positif dont il serait possible de tirer profit pour accroître la qualité sanitaire des alimentations humaine et animale ». Pourtant, 10 ans après rien n’a été fait pour aller dans ce sens, bien au contraire puisque les gouvernements successifs ont tout fait pour interdire la culture du maïs Bt, pour des raisons politiques, contre tous les avis scientifiques. Notre alimentation est même de plus en plus imprégnée de mycotoxines à cause du réchauffement climatique qui favorise les insectes ravageurs et les champignons associés. C’est ainsi que des produits issus de maïs bio doivent être périodiquement retirés de la vente pour cause de mycotoxines diverses et variées.
Signalons aussi le cas où, en Allemagne, plusieurs tonnes de blé conventionnel ont dues être détruites car contaminées par des Fusarium d’un champ « bio » voisin. Comme quoi, les risques sanitaires ne sont pas toujours là où les idées à la mode nous le font croire !
Les mycotoxines sont devenues l’une des principales préoccupations des autorités sanitaires ces dernières années. On trouvera un exemple très démonstratif de leur nocivité dans l’article: « Le maïs, le petit papillon et les méchants champignons, fable italienne très édifiante« .

Les risques écologiques sont aussi au centre d’un débat très conflictuel. Pour ne pas allonger inconsidérément ce texte, nous ne parlerons que des deux types de PGM les plus discutés en Europe. Celles qui ont reçu un gène permettant de synthétiser un insecticide contre des insectes ravageurs, et celles auxquelles on a ajouté un gène conférant la tolérance à un herbicide total. Les deux événements peuvent d’ailleurs être réunis dans une même PGM. Dans tous les cas, les gènes viennent des bactéries.

Pour le cas des insecticides, reprenons l’exemple du maïs Bt. Actuellement, la méthode de lutte la plus répandue en Europe consiste à traiter les champs aux insecticides industriels qui détruisent aussi des insectes utiles et sont toxiques pour d’autres animaux, notamment les oiseaux, et pour l’homme. Les nappes phréatiques sont également polluées car ces produits sont plus ou moins persistants. Ce maïs transgénique permet d’éviter ces traitements qui sont, de toute façon, moins efficaces et plus nocifs car la chenille dans ses galeries, est à l’abri des pulvérisations… contrairement à l’agriculteur !

Deux objections sont faites à ce maïs Bt : d’une part le risque de sélectionner des pyrales résistantes à cet insecticide, d’autre part le risque de tuer d’autres insectes non nuisibles. De nombreuses études continuent d’être faites sur l’impact de ces PGM sur la faune non-cible : insectes, lombrics et autres. Ce qui en ressort, c’est que les maïs Bt respecteraient mieux la faune non-cible que les insecticides classiques qui sont moins sélectifs. Les abeilles, en particulier, ne sont pas touchées car la protéine Cry1Ab produite par ces maïs est inactive sur les hyménoptères. Quant au risque de sélectionner des pyrales résistantes, on peut le limiter en utilisant la méthode dite des ‘zones refuges’, déjà bien connue des agronomes et obligatoire aux USA depuis 2000. Il serait trop long de la décrire ici, disons simplement qu’elle a pour but de diminuer la pression de sélection exercée par le maïs Bt sur cet insecte. Il est encourageant que depuis 1996, date des premières cultures de maïs (aux USA), aucune résistance n’a pu être mise en évidence chez la pyrale.

Le cas des PGM tolérantes aux herbicides est plus délicat. Il s’agit de tolérance aux herbicides totaux comme le glyphosate ( ‘Roundup’ de Monsanto ) et le glufosinate ( ‘Basta’ produit par Bayer ). Chacune de ces firmes veut introduire, dans un maximum de plantes cultivées, le gène de résistance à l’herbicide qu’elle produit. Le but étant de vendre aux agriculteurs à la fois l’herbicide et la plante résistante à celui-ci. C’est le glyphosate qui a été le plus utilisé jusqu’à présent. A noter que depuis 2000 son brevet est tombé dans le domaine public, les agriculteurs ont donc maintenant le choix du fabricant.
On peut craindre que le gène de tolérance ne se transmette à d’autres espèces ou, plus simplement, que l’épandage de glyphosate ne sélectionne des mauvaises herbes tolérantes, ce qui pourrait devenir très gênant pour les grandes cultures car il faudrait revenir à l’épandage d’herbicides plus toxiques. Les chercheurs cherchent à mettre au point des méthodes de culture pour gérer ce risque. Précisons que pour ces raisons, ce type de PGM n’est pas autorisé en Europe. Mais, ce problème n’est pas propre aux PGM, la sélection de mauvaises herbes résistantes est déjà une réalité dans les cultures conventionnelles suite à l’utilisation d’herbicides.

Les recherches sur les impacts économiques et écologiques de ces PGM se poursuivent activement dans tous les pays où ils sont cultivés. Dans les grandes lignes, il en ressort qu’ils facilitent les conditions de culture et que les quantités de pesticides répandues en sont diminuées. Aux USA et en Chine, le coton Bt a permis d’utiliser 3 à 5 fois moins d’insecticides à surface égale, avec une augmentation de rendement de l’ordre de 25%. Pour les herbicides, la situation est plus complexe, les résultats concernant les quantités utilisées varient selon la période étudiée, l’espèce cultivée et le pays concerné. Il y a indiscutablement un risque de sélectionner des « mauvaises herbes » résistantes, ce qui entraînera une augmentation de l’utilisation des herbicides. Il faut aussi noter que des carences dans l’information et l’éducation des agriculteurs peuvent être à l’origine  d’une mauvaise utilisation des pesticides en général et entraîner des conséquences gênantes. Il paraîtrait que c’est le cas pour l’utilisation des insecticides sur les cultures de coton dans certaines régions de la Chine et de l’Inde.

La coexistence entre cultures et filières PGM et non-PGM.

Ce sont surtout les agriculteurs « bio » qui s’inquiètent d’une « contamination » ( le terme n’est pas neutre ! ) possible par les cultures de PGM car elles ne sont pas acceptées en agriculture biologique. Nous serons brefs car l’importance accordée à ce problème est très subjective, elle dépend de la perception que l’on a des plantes transgéniques. Il est évident, là encore, que les inquiétudes sont liées à l’image d’invention maléfique que certains associent à la transgenèse. En effet, pour les plantes dites conventionnelles, personne n’a jamais exigé une absence de « contamination » entre produits issus de différentes variétés.

Pour organiser la coexistence entre les cultures PGM et non-PGM, il faut d’abord éviter la dissémination des transgènes par le pollen. Ce risque est très différent selon les espèces. Pour celles qui sont cultivées par multiplication végétative, comme la pomme de terre ( on plante des tubercules ), ce risque est nul, pour le maïs il existe réellement. Des solutions techniques sont déjà connues, elles sont utilisées depuis longtemps pour reproduire les variétés classiques. Il reste toujours un léger « bruit de fond », comme disent les agronomes, mais il n’a pas empêché de maintenir la pureté de ces variétés. En Espagne, un des rares pays européens où la culture des PGM soit autorisée, des règles établies par les agriculteurs eux-mêmes semblent assurer de façon satisfaisante la coexistence entre les deux types de cultures. En mai 2015, des résultats très probants ont été publiés  dans « La France Agricole« .

Mais depuis quelques années, il apparaît que la cohabitation entre les cultures PGM et non PGM a des effets bénéfiques pour ces dernières. En octobre 2010, la revue Sciences a publié un travail réalisé sur plusieurs états américains où la culture du maïs est intensive. La culture de maïs Bt, depuis 1996, a fortement diminué les populations de pyrales et les cultures de maïs non-Bt en ont tiré bénéfice. Pour les chercheurs, c’était une situation prévue bien sûr, mais ils s’attendaient à un délai plus long avant que le résultat ne soit tangible. Des observations analogues ont été faites en Chine sur le cotonnier et à Hawaï sur la papaye.

Si l’on s’intéresse maintenant non plus à la seule culture, mais à l’ensemble de la filière commerciale et que l’on veut éviter des mélanges, il faut organiser une séparation complète au niveau de la collecte, du stockage, du transport et de la transformation en produit commercial. Cela existe déjà, depuis longtemps, pour les différents types de blé et de maïs conventionnels ( maïs doux, classique ou waxy ). Cette coexistence pose la question de l’étiquetage. Aux Etats-Unis, il n’y a aucun étiquetage particulier pour les PGM. Au Japon, le taux de PGM accepté pour les produits étiquetés «sans OGM» ( seuil d’étiquetage ) est de 5%. Pour l’Union Européenne, le seuil est fixé à 0,9%.

Pour d’autres informations sur les questions traitées dans ces 2 dernières sections, je conseille vivement la lecture de l’interview d’Yvette Dattée du 15 janvier 2015 à Actu Environnement. Yvette Dattée a été pendant 10 ans directrice du CTPS dont il sera question plus bas, elle est l’une des personnes les plus compétentes sur ces questions en France. Elle est secrétaire générale de l’Association Française des Biotechnologies Végétales.

L’évaluation des risques.

Les variétés végétales conventionnelles font l’objet, avant commercialisation, de tests sur leur valeur agronomique et leur stabilité mais pas d’expertises sanitaires ou écologiques. Par contre, les plantes transgéniques et les produits qui en dérivent sont soumis à des réglementations strictes et évalués par des instances spécialisées. Contrairement aux idées répandues, ce sont actuellement, et de très loin, les aliments les plus contrôlés. Cette différence de traitement n’est pas vraiment dictée par des considérations scientifiques mais plutôt par l’impact des campagnes médiatiques contre les PGM.

En France, les instances d’évaluation sont essentiellement :
– la Commission de Génie Biomoléculaire ( CGB ), créée en 1986, chargée de l’évaluation des risques sanitaires et écologiques pour chaque demande de mise sur le marché d’une variété transgénique, remplacée depuis avril 2009 par le HCB ( Haut Conseil des Biotechnologies ), qui comprend deux collèges : le Comité scientifique ( CS ) et le Comité éthique économique et social ( CESS ).
– L’AFSSA, que nous avons déjà citée. C’est un établissement public créé en 1999. Elle a un « rôle de veille, d’alerte, d’expertise, de recherche et d’impulsion de la recherche, contribue à l’amélioration de la santé publique, de la santé et du bien-être des animaux, de la santé des végétaux et de la qualité sanitaire de l’environnement ». Sa ‘Commission des Biotechnologies’ doit plus particulièrement évaluer la sécurité sanitaire des demandes de mise sur le marché des produits issus d’OGM (y compris les micro-organismes) et des semences de plantes transgéniques.

Depuis 2010, l’AFSSA a été fusionnée avec l’AFSSET ( Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail ) pour donner l’ANSES. Au niveau de l’UE, existe un organisme équivalent : la « European Food and Safety Authority » ( EFSA – en français : AESA – Agence Européenne de Sécurité des Aliments – ).
On pourrait rajouter le Comité Technique Permanent de la Sélection ( CTPS ), bien que ses expertises ne soient pas réservées aux seules PGM et qu’il s’intéresse surtout à la valeur agronomique des variétés et à leur stabilité génétique.
Les évaluations sont donc diversifiées, elles doivent être convergentes pour qu’il y ait autorisation. Ces instances sont très exigeantes, il est même arrivé que sur certains dossiers la CGB et l’AFSSA rivalisent de précautions. Le résultat global est qu’une demande d’autorisation de mise en culture d’une PGM est à peu près dix fois plus coûteuse en Europe qu’aux USA (plusieurs dizaines de millions d’euros).  Cette situation favorise évidemment les multinationales semencières par rapport aux moyennes entreprises, car elles seules peuvent supporter de telles dépenses.

Mais l’étude des risques ne s’arrête pas aux demandes de mises sur le marché.
– Un Comité de Biovigilance, dépendant du ministère de l’environnement a été créé en 1998, remplacé depuis 2008 par le Comité de Surveillance Biologique du Territoire, il est chargé du suivi des risques théoriques pour l’environnement, des PGM mises en culture, en particulier du contrôle de la séparation des filières PGM et non-PGM.
– Enfin, l’Agence Nationale de la Recherche, créée en 2005, a également un conseil scientifique qui finance des programmes de recherche dans tous les domaines  pouvant être concernés par les PGM : environnement, santé humaine et animale, problèmes sociaux et éthiques. Mais suite aux destructions systématiques de leurs essais expérimentaux (quand ce ne sont pas des menaces contre eux-mêmes et leurs familles), les chercheurs français du secteur public ont renoncé à travailler sur cette technologie et les sociétés privées, comme Limagrain, ont installé des centres de recherche à l’étranger. En Europe, c’est presque uniquement en Espagne et au Portugal que se font ces recherches, car ils sont parmi les quelques pays européens où les cultures de plantes transgéniques ne sont pas interdites ( 150 000 hectares de maïs Bt en 2013 en Espagne ), pourtant l’Europe est grand importateur de PGM, soja et maïs pour la nourriture animale, et de  coton pour le textile.

Les PGM pour quoi faire et au bénéfice de qui ?

Nous entrons maintenant dans les domaines socio-économiques et géopolitiques. Qu’il soit donc bien clair que nous quittons le cadre scientifique et que l’opinion que chacun peut avoir sur ces aspects dépend fortement des convictions politiques et idéologiques. C’est pourquoi il ne s’agira ici que d’un rapide survol.

Dans les pays riches et dans les pays pauvres, les problèmes agricoles se posent en des termes très différents. Les premiers sont déjà excédentaires et exportent leurs surplus. Il n’y a donc aucune nécessité vitale pour eux d’augmenter la production de 5 ou 10%. Par contre ils doivent s’efforcer de produire de façon moins polluante, en diminuant l’utilisation des intrants ( pesticides et engrais ).
Pour les pays pauvres, le problème de la quantité de production est vital. Non seulement les surfaces cultivables sont souvent insuffisantes en regard de la population, mais pour les principales céréales ( blé, riz, maïs ), les pertes annuelles des pays où aucun traitement n’est fait ( dues aux maladies, ravageurs et mauvaises herbes ) peuvent dépasser 50% pour le blé, contre 18% avec traitements en Europe de l’ouest. Pour le riz et le cotonnier cultivés sans traitements, les pertes moyennes peuvent dépasser 80%. Des études économiques de la FAO affirment que la production agricole actuelle serait suffisante pour toute la planète. Certains en concluent que le problème de la malnutrition dans le tiers monde pourrait être résolu par une redistribution plus équitable des ressources alimentaires. C’est une conclusion trop hâtive, pour au moins deux raisons.

1) Cette redistribution des pays riches vers les pays pauvres peut être utilisée comme un moyen de maintenir une dépendance néo-coloniale ( on parle même de «l’arme alimentaire» ). De plus, la mondialisation commerciale a des effets très pervers. Actuellement les subventions, ouvertes ou déguisées, des gouvernements des Etats-Unis et d’Europe permettent à leurs agriculteurs non seulement de concurrencer les pays du tiers-monde sur les marchés extérieurs ( exemple du coton pour le Mali et le Burkina ), mais même sur leurs propres marchés ( cas du blé et des fruits et légumes ).

2) Cette étude de la FAO est peut-être valable pour l’immédiat mais, comme on le sait, il est prévu que la population mondiale atteigne plus de 9 milliards d’habitants vers 2050. Des études convergentes estiment que la production agricole devra augmenter de 70% à 100% d’ici là. Non seulement les terres cultivables ne sont pas indéfiniment extensibles mais actuellement, elles diminuent en moyenne de 5 millions d’hectares par an à cause de l’urbanisation, de l’érosion et de la salinisation des sols. Si l’on en croit le second volet du 5e rapport du GIEC, publié le 31 mars 2014, le  réchauffement climatique accentuera encore cette tendance, il faudra donc augmenter le rendement des cultures à l’hectare. Vient s’ajouter un autre danger : la production des agrocarburants, qui risque de détourner d’immenses surfaces de cultures alimentaires. C’est déjà le cas aux USA et des économistes y voient la cause du triplement du prix du maïs entre 2009 et 2012. Pour une vision moins pessimiste des choses, on peut lire un rapport de février 2014 du Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces Ruraux (CGAAER).

De toutes façons, la crise alimentaire qui a éclaté en 2008, avec ses très graves conséquences pour les pays les plus pauvres, est un signal d’alerte inquiétant. La souveraineté alimentaire apparaît donc essentielle pour garantir l’indépendance de tous les peuples, mais plus encore pour les pays du tiers monde. La seule solution valable pour ces pays serait d’augmenter leur production de cultures vivrières pour devenir auto-suffisants, malheureusement leurs conditions géographiques et climatologiques ne le permettent pas toujours. Pour les pays arides et semi-arides, où l’irrigation des terres est nécessaire pour la mise en culture, celle-ci peut même s’avérer nocive, à moyen terme, par l’épuisement des ressources en eau et la salinisation de sols déjà fragiles.

Beaucoup de chercheurs en agronomie sont convaincus que les recherches sur les PGM font partie des moyens qui pourraient contribuer à atteindre les buts énoncés plus haut : réduction de la pollution agricole dans les pays riches et augmentation d’une production non polluante dans les autres. Pour ces derniers, les possibilités les plus couramment envisagées sont l’obtention de résistances aux maladies, (virales notamment), et de tolérances aux conditions extrêmes : sécheresse, froid, salinité, qui permettraient de cultiver des sols qui sont, ou seront bientôt, inutilisables.

Le problème de la brevetabilité du vivant

Il faut maintenant aborder cette question très controversée et très complexe, nous allons tenter de résumer la situation telle qu’on peut la percevoir actuellement, en 2014.

En 2004,  un texte de la FAO disait à propos des PGM : « Les recherches sur les cultures transgéniques sont, pour la majorité, le fait de sociétés privées transnationales. Cette situation est lourde de conséquences pour le type de recherches effectivement engagées, ainsi que pour les produits élaborés. (…) Les plantes et les caractéristiques présentant un intérêt pour les pays pauvres sont dédaignées. ». Ce problème dépasse largement le cadre de l’agriculture ; la déclaration de la FAO pourrait tout aussi bien s’appliquer aux médicaments et aux recherches médicales en général. Il est directement lié à la question du brevetage, qui fait craindre à certains que nous allions vers une privatisation des patrimoines génétiques des êtres vivants, génome humain compris. A titre d’exemple, citons une phrase de P.B. JOLY et B. HERVIEU[5] écrite en 2003 : « Dans le domaine des biotechnologies, les brevets sont l’instrument de domination de quelques puissantes multinationales qui concentrent les capacités de recherche et tentent de s’approprier les ressources génétiques ». Il s’agit d’un problème socio-économique mais aussi éthique qui fait l’objet de longs et difficiles débats au sein des organismes internationaux depuis le début des années 2000. On peut bien sûr imaginer un type de société d’où tout brevetage serait exclu mais, mis à part le cas un peu particulier des logiciels libres en informatique, tout notre système socio-économique, basé sur le profit privé, se situe aux antipodes d’une telle vision. Les droits de propriété intellectuelle sont même reconnus par l’article 27 de la déclaration universelle des droits de l’homme. Nous allons tenter de résumer très pragmatiquement la situation actuelle, si tant est que cela soit possible, car elle est très mouvante et en constante évolution, même les juristes spécialisés s’y perdent semble-t-il.

Aucun accord international global n’ayant été conclu, les droits de propriété intellectuelle sont nationaux ; seules existent des conventions bilatérales entre pays. Aux Etats-Unis, le système actuel des brevets sur les biotechnologies a été élaboré en 1980, pour la protection commerciale de souches de bactéries métabolisant les hydrocarbures. Dans ce pays, la protection des brevets, imposée par les groupes industriels dominants, fait l’objet d’une législation particulièrement contraignante, elle est d’une telle rigidité qu’elle a des effets négatifs flagrants et soulève de plus en plus de critiques. Non seulement ce système de brevets constitue un frein à l’innovation ( impossible d’utiliser une lignée transgénique pour créer de nouvelles variétés, même exemptes du transgène ), mais il multiplie les contentieux juridiques entre les multinationales elles-mêmes.
Cette situation, ajoutée au coût très élevé des dossiers d’autorisation de mise sur le marché, pousse à la concentration croissante des firmes depuis la fin des années 90. On cite toujours le cas de Monsanto, devenu emblématique pour beaucoup d’opposants aux PGM, dont on peut lire qu’il contrôlerait près de 90% des cultures transgéniques dans le monde. C’est l’un des principaux arguments mis en avant par certaines organisations en Europe, et plus particulièrement en France, pour justifier une opposition radicale aux plantes transgéniques, allant jusqu’à détruire systématiquement les recherches, privées comme publiques, sur les PGM. Le résultat de ces pratiques violentes, nous l’avons déjà vu, est l’arrêt des recherches publiques sur cette technologie ce qui, bien évidemment, conforte le monopole des multinationales semencières en leur laissant le champ libre. Ce n’est pas le moindre paradoxe de cette querelle de plus en plus « abracadabrantesque » ( voir « les activistes de l’antiscience«  ).

Cette attitude extrémiste est d’autant moins justifiée qu’en Europe, la législation sur les innovations variétales végétales est nettement plus souple qu’aux USA. En bref, il n’y a pas de brevetage sur les variétés elles-mêmes, elles sont soumises au Certificat d’Obtention Végétale ( COV ). Plus précisément, pour les variétés conventionnelles nouvellement créées, l’article 14 du règlement (CE) n° 2100/94 permet l’utilisation de semences de fermes pour 34 espèces cultivées ( « privilège de l’agriculteur«  ) moyennant une redevance très modeste dans le cas des céréales ( 0,7 euros par tonne pour les récoltes supérieures à l’équivalent de 92 tonnes de blé, rien en dessous. ), et l’article 11 de la directive 98/44/CE a étendu cette possibilité aux variétés issues des biotechnologies. De même, un sélectionneur peut utiliser une variété transgénique pour des croisements en vue de créer de nouvelles variétés. Celles-ci seront libres de tout droit si le transgène n’y est pas présent ( « privilège du sélectionneur«  ). Pour simplifier, cela signifie que seul le transgène est breveté et pas le reste du génome. Cette règle permet de ne pas bloquer l’innovation variétale, contrairement au système américain. Quant aux variétés anciennes, elles peuvent être resemées et échangées librement par les agriculteurs mais non vendues (pour éviter que n’importe qui vende n’importe quoi au détriment de l’acheteur). Pour des informations complémentaires sur les semences, y compris les « semences de ferme », on peut consulter le site du Groupement National Interprofessionnel des Semences (GNIS). On y apprendra entre autres que la France est devenue, depuis 2014, le premier pays exportateur de semences dans le monde ( vers 150 pays, pour 1,4 milliards d’euros ), avec 73 sociétés de sélection, 261 entreprises de production et 19000 agriculteurs-multiplicateurs ( chiffres 2015 ). L’ensemble de la filière concerne 140 espèces végétales. La mainmise de quelques multinationales sur les ressources génétiques végétales de la planète ne semble donc pas vraiment à l’ordre du jour, même si c’est un risque qu’il ne faut pas perdre de vue. Sur toutes les questions liées aux semences, on lira aussi avec profit l’analyse très critique d’André Gallais sur le documentaire « La guerre des graines » diffusé par Fr 5 en 2014.

Hors Europe, dans les « pays émergents » ou les « pays en développement », la situation sur les brevets liés aux PGM est très complexe. Quelques cas semblent quand même clairs, par exemple ceux de l’Argentine et de l’Inde où les paysans peuvent resemer les graines de leur récolte, quelque soit la firme productrice (la loi argentine ne reconnaît pas le brevetage des gènes). Je cite ces deux pays car ils font l’objet de campagnes de désinformation répétées. Il existe aussi des cas particuliers comme celui du riz doré étudié pour parer à une carence alimentaire en vitamine A, qui a de graves conséquences dans les pays pauvres.  Deux à 3 millions de personnes en meurent chaque année par déficit des défenses immunitaires, et 500.000 sont rendues aveugles. Des licences libres ont été accordées pour ce riz, que les paysans pourront donc cultiver librement, mais même dans ce cas des oppositions violentes ont conduit à  la destruction d’essais en 2013 aux philippines, retardant la mise en culture.

Enfin, il ne faut pas oublier que même dans le cas de la législation très rigide des USA, un brevet n’est pas éternel, sa validité est de 20 ans (25 tout au plus pour les arbres fruitiers) et, à partir de 2015, les brevets des premières PGM commencent à devenir caduques. Les sélectionneurs peuvent alors utiliser librement ces transgènes pour créer d’autres variétés et les agriculteurs de tous pays pourront les resemer librement.

C’est dans le domaine médical que la situation est éthiquement plus grave et il vaut la peine d’en parler ici, même s’il ne s’agit pas d’OGM.  En effet, en dehors des très rares cas de thérapies géniques, où il est nécessaire de construire des transgènes ( qui peuvent donc s’apparenter à une invention ), le brevetage en vigueur porte directement sur la découverte de gènes humains existants. Un tournant s’est fort heureusement produit en juin 2013, la Cour Suprême des États-Unis ayant pris une décision historique en décidant que les gènes humains ne pouvaient être brevetés, car ils sont un produit de la nature et non une invention. Cette décision visait la société Myriad Genetics, installée à Salt Lake City, qui avait obtenu des brevets sur deux gènes (le terme exact est « allèles » ) de prédisposition aux cancers du sein, appelés BRCA1 et BRCA 2. Elle était en position de monopole aux USA pour les tests de dépistage, vendus à un prix exorbitant, et voulait étendre ce monopole à l’Europe.

Toujours dans le secteur médical, ouvrons une parenthèse très instructive sur le séquençage du génome humain. Celui-ci a été entrepris à la fin des années 90 dans un projet qui a été coordonné par un consortium international piloté par le National Institute of Health ( l’équivalent de L’INSERM aux USA ). Mais à la même période, une société privée américaine, « Celera », a lancé aussi ce projet avec de gros investissements et avait l’intention de récupérer sa mise en vendant les résultats à l’industrie pharmaceutique. Cela a déclenché un tollé mondial chez les scientifiques qui considéraient que le génome humain était un bien commun de l’humanité et que son appropriation par des intérêts privés était intolérable. S’en est suivi une véritable course qui s’est soldée par l’annonce, en juin 2000, par Bill Clinton lui-même, que le consortium public avait terminé le séquençage. Les résultats ont été publiés en février 2001 par la revue Nature . Beaucoup de biologistes se souviennent du grand soulagement qui a suivi cette annonce.

Encore deux exemples particulièrement choquants, pour compléter ce rapide tableau sur la question des brevets en médecine. 1) Les procès que les grandes firmes de ce secteur ont voulu intenter au gouvernement de l’Afrique du Sud à propos des médicaments contre le SIDA.
2) Ce que certains appellent la « biopiraterie », une dérive qui consiste à breveter, donc à s’approprier, des substances issues de plantes médicinales utilisées depuis des siècles par des peuples du tiers monde. Il s’agit là de pillage, tout simplement. Mais la situation a évolué sur ce point. Pour faire bref, signalons la « Déclaration des Nations unis sur les droits des peuples autochtones » en 2007 et un texte adopté par la Convention sur la diversité biologique qui s’est tenue à Nagoya au Japon en 2010. Bien que ces textes ne soient pas juridiquement contraignants, ils ont permis à une trentaine de pays de légiférer sur la protection de leurs ressources biologiques.

Quelles alternatives ?

Revenons à l’agriculture. D’un point de vue éthique, il serait bien sûr tout à fait justifié qu’un secteur aussi vital soit totalement soustrait aux appétits financiers. Fort heureusement, pour échapper à l’emprise des groupes privés, plusieurs pays en développement en Amérique latine (Brésil, Argentine, Chili, Costa-rica), en Asie (Inde, Indonésie, Chine, Vietnam), et en Afrique (Kenya, Ghana, Ouganda), développent des recherches publiques sur les PGM.

Plus globalement, il ne faut pas perdre de vue qu’avec l’augmentation démographique et le changement climatique, l’amélioration génétique permanente des variétés cultivées est indispensable et ne peut se faire sans une recherche de haut niveau. C’est dans cette optique que des programmes fédérateurs ont été créés pour favoriser une « mutualisation des ressources génétiques ». En France, c’est le cas de « Génoplante » un réseau national de génomique végétale piloté par l’INRA, qui regroupe des organismes de recherche publique, des sociétés privées et des organisations d’agriculteurs, dans le but de mutualiser les moyens de recherche entre tous ces acteurs. Ce réseau a été créé en 1999, avec un poids important des agriculteurs et des organismes publics. Un aspect particulièrement intéressant de Génoplante  est que les agriculteurs des pays en voie de développement ont un libre accès aux résultats des recherches, permettant ainsi des transferts de technologie. Depuis 2011, le groupement d’intérêt scientifique ( GIS ) « Biotechnologies vertes«  a pris le relais pour prolonger cette action.

Il faut signaler aussi le Centre international d’amélioration du maïs et du blé (CIMMYT), dont le directeur, M. Sanjaya Rajaram, d’origine indienne, a reçu le prix mondial de l’alimentation 2014.

BRÈVES RÉFLEXIONS SUR LE CONFLIT DES PGM

Il y a encore quelques années, on pouvait croire que cette polémique, en elle-même, présentait quelques avantages. On pouvait naïvement imaginer qu’elle aboutirait à des progrès dans le dialogue science – société, comme la possibilité de structurer des modalités d’échanges entre scientifiques et citoyens sur tous les aspects éthiques, scientifiques et économiques des biotechnologies et au-delà. C’était oublier la force des motivations irrationnelles, aisément manipulables à des fins politiciennes. De fait, la tournure prise par le conflit s’est aggravée et peut légitimement inquiéter. On a en effet assisté depuis à des dérives encore impensables en 2008. Des exemples en sont donnés dans plusieurs textes de ce blog : arrêt des recherches publiques en France sur les PGM suite aux destructions systématiques, invraisemblable remise en cause de pratiques en usage depuis les origines de l’agriculture avec l’affaire des soi-disant « OGM cachés », délire scientifico-médiatique, etc… On a de plus en plus la désagréable impression d’être en présence d’une histoire folle, pour ne pas dire une histoire de fous, au sens où les superstitions et le passionnel dominent largement et engendrent des incohérences en série.

Dans l’enlisement de cette situation conflictuelle, les média et les responsables politiques de tout bord ont une lourde part de responsabilité. Les média parce que, étant en concurrence, ils se laissent guider par des priorités commerciales et il est évident que l’émotionnel et le « thriller » sont beaucoup plus vendeurs que la véritable information. Lorsque même une chaîne télévisée publique comme Arte, soi-disant à vocation culturelle, n’hésite pas à diffuser et rediffuser des « documentaires » bidonnés, il y a du souci à se faire ! Les politiques parce que, dans un contexte de désinformation colossale, ils ne résistent pas, pour des motivations électoralistes, aux positionnements les plus démagogiques ( fidèles en cela à la maxime de Talleyrand :  » En politique, ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai » ). Dans les deux cas, les règles les plus élémentaires de la déontologie sociale sont allègrement bafouées et l’exercice même d’un véritable débat démocratique est tout simplement rendu impossible. Même le milieu judiciaire n’est pas à l’abri de cette désinformation, comme le montre la décision de la Cour d’Appel de Colmar en date du 14 mai 2014, relaxant des « faucheurs volontaires » sur des bases scientifiques fausses ( jugement cassé par la Cour de Cassation en mai 2015 ).  Il ne faut pas oublier non plus le rôle de certaines ONG, nationales ou internationales, pour qui répandre à satiété des peurs irrationnelles est devenu un fond de commerce (au sens propre du terme) très rentable. Cette situation n’est pas propre à la France, la situation est tout aussi grave, sinon pire, en Italie.

Mais si l’on veut mieux comprendre les aspects irrationnels de ce conflit, il faut aussi réaliser qu’il s’inscrit dans un ensemble plus vaste qui est la montée en puissance d’un fort courant antiscience, qui va de pair avec la montée des intégrismes religieux et qui présente d’ailleurs de fortes similitudes de fond avec eux. Les racines en sont profondes, très probablement en lien avec la mondialisation néolibérale et le sentiment d’instabilité et de fragilité sociale généralisée qu’elle produit ( le même sentiment sans doute qui favorise la montée des courants d’extrême-droite, mais ceci n’est pas du ressort de cet article ). L’une des manifestations les plus visibles de ces courants antiscience est le regain des courants créationnistes, y compris en France, depuis une quinzaine d’années. Mais il n’en est que la partie la plus voyante. En effet, comme on l’a vu par ailleurs (voir :« Les multiples chemins de l’antiscience » et les « OGM cachés …. »), ces courants sont multiples et divers. Beaucoup d’entre eux, notamment par leur sacralisation de la « Nature » sont assimilables aux mythologies et religions. Par leur vision foncièrement fixiste du monde vivant, ils sont très proches, sans en être sans doute toujours conscients, des idées créationnistes. On ne peut en effet manquer d’y voir une survivance de la théologie naturelle de William Paley à la fin du XVIIIe siècle pour qui « l’harmonie » du monde démontrait qu’il était l’œuvre de Dieu. Dans cette optique, bien sûr, le seul droit de l’homme est d’admirer béatement ce monde. Toute intervention de sa part est sacrilège.

N. B. : Je remercie mes collègues de l’Université et de l’INRA qui, en me faisant bénéficier de leurs compétences, m’ont aidé dans la rédaction de ce texte dans les domaines qui ne relèvent pas directement de la génétique fondamentale.

Addendum : Les lecteurs qui souhaitent avoir des informations récentes sur les blocages empêchant un authentique débat sur les OGM, peuvent se reporter à l’ouvrage : « Les OGM à l’épreuve des arguments » de Sylvie Berthier et Valérie Péan, paru en 2011 aux éditions Quae. Voir aussi le livre de Marcel Kuntz, directeur de recherche au CNRS paru en janvier 2014 aux éditions PUG : « OGM, la question politique« .

Pour accéder à des compléments d’information très fiables sur tous les aspects sanitaires et agronomiques des PGM, on peut consulter les résultats des travaux du Groupe de Réflexion « Plantes Génétiquement Modifiées » publiés en novembre 2012 sur le site de l’Académie d’Agriculture ainsi que dans un petit ouvrage ( 94 pages ) paru en janvier 2015 aux éditions Quae:  » Plantes génétiquement modifiées, menaces ou espoirs ?  » sous la direction de Jean-Claude Pernollet.

[[2]] Elles sont dues à des éléments génétiques mobiles ( des sortes de ‘gènes sauteurs’ ), qui sont insérés dans les chromosomes et peuvent changer de position. Ils existent chez tous les êtres vivants, des bactéries jusqu’à l’homme ; ils font partie intégrante de leurs génomes et peuvent parfois se transmettre d’une espèce à une autre. Certains d’entre eux sont très apparentés aux rétrovirus. Un stress physiologique ou un croisement, en perturbant leur régulation, peuvent déclencher chez eux une mobilité excessive, source d’anomalies génétiques ( voir mon article dans l’Encyclopaedia Universalis ).

Notes de bas de page    ( ↑ retour au texte)

  1. Petit condensé de biologie : L’unité de base de tous les êtres vivants est la cellule. Les êtres les plus simples sont constitués d’une seule cellule, les plus complexes peuvent être composés de milliards de cellules ( environ cent mille milliards pour un être humain ). Les chromosomes sont situés dans le noyau des cellules, ils sont constitués de très longues molécules d’ADN. Un gène est un segment d’ADN qui permet la synthèse d’une protéine, qui va elle-même remplir une fonction bien précise dans la cellule. Le génome peut être défini comme l’ensemble des gènes nécessaires à la vie d’un individu. Ce dernier point est très simplificateur car le génome contient aussi une très grande quantité de séquences d’ADN qui ne sont pas des gènes ‘classiques’; par exemple les éléments génétiques mobiles (voir note 2).
  2. Le lecteur qui souhaiterait avoir des données beaucoup plus détaillées peut se reporter au livre d’André Gallais et Agnès Ricroch : Les plantes transgéniques : faits et enjeux, paru en 2006 aux éditions Quae ( éditions de l’INRA. ) ainsi que l’ouvrage collectif « Biotechnologies végétales – Environnement, alimentation, santé » sous la direction d’Agnès Ricroch, Yvette Dattée et Marc Fellous ( Juin 2011 – Vuibert )
  3. L’un des plus beaux exemples est sans conteste la peur d’une « pollution génétique irréversible de la planète ». Dans l’imaginaire de certains, l’invasion d’OGM aux pouvoirs maléfiques a remplacé celle des petits martiens verts ( seule la couleur n’a pas changé ! ).
  4. Ces deux auteurs sont directeurs de recherche à l’INRA, économistes et sociologues. Voir leur article paru en 2003 dans la revue ‘Futuribles’ et intitulé :  La marchandisation du vivant. Pour une mutualisation des recherches en génomique.

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